INTO ETERNITY - 28 juin 2011

 

 

INTO ETERNITY



Un film de Michael Madsen


Découvrez comment les déchets nucléaires vont être stockés en Finlande pendant 100 000 ans…

Au cinéma Le Vagabond à  Bar-sur-Aube

Le mardi 28 juin à 20 h 30

Séance GRATUITE suivie d'un DEBAT sur la gestion des déchets nucléaires.

Voir détails.

 

affiche Into Eternity

 

 

 

Ce film remarquable a été projeté :

Dans la salle des Fêtes de BONNET, près de BURE, le 16 juin.

Au Palace de Saint-Dizier, le 9 juin. Voir en fin de page quelques échanges.

Au CinéCity de Troyes, le 7 juin.

 

 

Into Eternity : un film de science-fiction ?  Un thriller ?

Que faire des déchets radioactifs ? En Finlande, pour la première fois, un lieu de stockage permanent est en cours d’installation. Des milliers de kilomètres de tunnels sont creusés avant d’y déposer les déchets nucléaires, qui doivent être isolés de toute forme de vie pendant 100 000 ans. Mais comment s’assurer que ce lieu ne contaminera jamais personne ? Comment prévenir les générations futures des dangers que représente cette cargaison mortelle ? S’adressant aux générations futures, Michael Madsen livre un documentaire en forme de film de science-fiction fascinant et vertigineux à voir absolument le 7 juin à Troyes, ou à Bar-sur-Aube le 28 juin.

"Le projet ONKALO, c’est-à-dire la création de la première installation de stockage de déchets nucléaires capable de tenir 100 000 ans, dépasse d’un point de vue technique comme d’un point de vue philosophique, toutes les initiatives humaines existantes jusqu’à présent. C’est complètement inédit. Et en cela, je pense que c’est un projet emblématique de notre époque - mais aussi une façon bien étrange de se projeter dans l’avenir. Cette conception très moderne du temps m’a paru être un point de vue passionnant pour un documentaire", confie le réalisateur Michael Madsen.


Voir la bande annonce

 

Les 50 idées exprimées dans le film

1 – Enterrer pour nous protéger ?
2 – Lieu qui ne peut être dérangé.
3  - Restez éloignés de ce lieu.
4 – Notre civilisation est très puissante.
5 -  Si un jour on trouve la cachette, que pensera t-on de nous ?
6 – En créant des centrales, on savait qu'il y aurait des déchets, qu'on les traiterait pour les rendre inoffensifs.
7 – Espace, fonds marins : NON
8 – Danger si ces déchets se répandent.
9 – On peut conserver en surface, mais on n'a pas de garantie de la stabilité des conditions.
10 – On ne peut pas garder des déchets dans des réservoirs d'eau éternellement.
11 – Le monde au-dessus du sol est instable : guerres, crise économique, tremblement de terre…
12 – Notre responsabilité est de traiter le problème des déchets, pour ne pas mettre l'avenir en péril.
13 _ A ce jour aucune solution n'a été trouvée.
14 – Comment apprécier la durée de 100 000 ans ?
15 – Onkalo sera fermé pour l'éternité et ne sera plus jamais ouvert.
16 – Aucune surveillance. Aucune activité humaine.
17 – Période de glaciation dans 60 000 ans ?
18 – L'entrepôt sera oublié.
19 – Peur de rien ?
20 – Une cachette pour que le feu nucléaire brûle pour l'éternité !
21 -  Aucune intrusion humaine n'aura lieu, à aucune époque.
22 – L'homme est le plus grand danger pour Onkalo.
23 – Une civilisation qui creuserait et trouverait Onkalo connaîtrait la radioactivité.
24 – Que sera la société dans 500 ans ?
25 – Un retour au Néanderthal ?
26 – Le stockage doit être sans danger si l'homme a perdu la connaissance.
27 – C'est un trésor puisqu'il contient du cuivre, de l'uranium, du plutonium…
28 – Le comportement humain est imprévisible.
29 – Un panneau : Ne pas creuser ici ! – Valable pour très peu de temps. - Un ensemble de markers ? – Messages en plusieurs langues – Compréhensibles pendant combien de temps ? – Comment communiquer ? – Utiliser des symboles, des dessins, des sentiments, des messages forts ? – Le Cri de Edvard Munch : un message humain universel - 
30 – Et si les hommes du futur ne comprenaient pas le message ?
31 – L'Homme est curieux !
32 – Vaut-il mieux oublier ? – Alors pas de risque de trouver la cachette par hasard – Markers ou
pas markers ?
33 – Se souvenir pour toujours d'oublier.
34 – Il ne faut pas laisser un fardeau aux générations futures.
35 – Il faut protéger les générations futures.
36 – Le niveau de sécurité futur ne doit pas être inférieur à celui d'aujourd'hui.
37 – Ne pas laisser d'information sur le stockage aux générations futures.
38 – Les calculs sont-ils corrects ? N'y a t-il pas d'erreurs ?
39 – Beaucoup pensent que le projet est ambitieux.
40 – Il faudrait que chaque génération puisse vérifier que le projet est adapté.
41 – Il faut réunir les informations de manière permanente.
42 – Peut-on compter sur une transmission pendant des milliers de générations ?
43 – La sécurité d'Onkalo ne dépend pas des archives.
44 – Chaque génération devra s'assurer que l'archivage est approprié pour la génération suivante.
45 – Si on revient 100 000 ans en arrière, on est avec l'homme de Néanderthal, dont nous sommes très différents. Il chassait le mammouth avec des lances.
46 – Dans 100 000 ans les sens, les apparences, les besoins et la connaissance… tout aura disparu.
47 – Peut-on faire confiance aux générations futures ?
48 – Sur une telle durée, quelqu'un pourra t-il encore comprendre ? – Une seule chose est sûre, on ne sait rien.
49 – On parle de "décisions dans l'incertitude".
50 - Il faut dire ce qu'on sait, ce qu'on sait qu'on ne sait pas, mais aussi ce qu'on ne sait pas que l'on ne sait pas.

 

 

L’avis de Yannick Barthe,

sociologue, chargé de recherche au CNRS et auteur de Pouvoir d’indécision. La mise en politique des déchets nucléaires (Economica, 2006) : "Comment affronter la temporalité vertigineuse des déchets nucléaires ? Comment se protéger de ces matières dangereuses pendant des milliers d’années ? Longtemps hantés par ces questions, les responsables de l’industrie nucléaire croient aujourd’hui tenir la solution. À Onkalo en Finlande comme ailleurs, ils étudient la possibilité de stocker ces résidus dans le sous-sol, à 500 mètres de profondeur. Censé résister au temps, insensible aux aléas de l’histoire, aux guerres, aux épidémies, ce coffre-fort géologique n’aurait nul besoin d’être surveillé. Les déchets nucléaires pourraient y reposer en paix. Pour l’éternité. Les personnes interrogées dans Into Eternity ne sont pas peu fières de leur trouvaille et de la prouesse technologique qui consiste à construire un tel sanctuaire. Rien ne semble avoir été laissé au hasard. Tout a été pensé, anticipé ; les scénarios les plus farfelus ont été pris en compte, intégrés dans le dispositif technologique. Mais voici que certaines questions que pose Michael Madsen à ses interlocuteurs suscitent des silences embarrassés, des sourires gênés, des réponses hésitantes et contradictoires. Et le doute fait alors son chemin dans l’esprit des spectateurs que nous sommes : tout de même, est-ce vraiment raisonnable ? N’est-il pas présomptueux de prétendre garantir la viabilité d’une telle installation pendant des milliers d’années ? En laissant poindre, derrière les discours rassurants des scientifiques, les incertitudes qui entourent le devenir des déchets nucléaires, l’intérêt premier du film de Michael Madsen est d’ouvrir à nouveau le débat sur les problèmes posés et les solutions à imaginer pour gérer cet héritage encombrant."


Au sujet du film

Onkalo : premier site de stockage permanent de déchets nucléaires

Onkalo signifie « la cachette » en finlandais. Le site se trouve à Olkiluoto en Finlande, à quelques 300 kilomètres au nord-ouest d’Helsinki, (…) c’est la première tentative au monde de stockage permanent. il s’agit d’un immense dédale de tunnels souterrains creusés dans du granit. Le travail en amont a débuté dans les années 70, et l’installation devrait être remblayée et sécurisée au cours des années 2100, soit dans plus d’un siècle. Aucune personne travaillant actuellement sur cette installation n’en verra donc jamais le résultat. Les autorités nucléaires finlandaises et suédoises collaborent ensemble et la suède prévoit une installation similaire mais n’en a pas encore commencé les travaux.


Les déchets nucléaires en chiffres

La production d’énergie nucléaire aboutit inéluctablement à une grande quantité de déchets nucléaires. Ces déchets restent radioactifs et/ou radiotoxiques pendant au moins 100 000 ans. On estime que la quantité totale de déchets radioactifs dans le monde se situe entre 250 000 et 300 000 tonnes, tout en sachant que cette quantité augmente tous les jours.


Les dangers et les normes de sécurité

Les déchets radioactifs sont dangereux pour tous les organismes vivants et l’exposition aux rayonnements peut entraîner la mort, des maladies incurables ou la mutation du code génétique. Les normes de sécurité sont basées sur des hypothèses théoriques et sont estimées à 100 000 ans en Europe.

100 000 ans

Il est difficile pour l’esprit humain de concevoir des périodes plus lointaines que quelques générations, sans même parler de milliers d’années… Pour mettre le temps en perspective, voici quelques jalons : L’espèce humaine telle que nous la connaissons existe depuis environ 100 000 ans. Les plus anciennes peintures rupestres connues à ce jour datent d’il y 30 000 ans ; les pyramides ont 4500 ans, la naissance du Christ date de 2010 ans, et la détection de la radiation de 115 ans.


L'entreposage provisoire

Le combustible nucléaire usagé est normalement stocké dans des piscines d’eau dans des entrepôts provisoires. Presque tous ces entrepôts provisoires sont au niveau de la surface du sol, et sont donc vulnérables aux catastrophes humaines ou naturelles, ils nécessitent une surveillance et une maintenance extrêmes. L’eau des piscines refroidit les éléments de combustibles pour éviter un éventuel feu radioactif dû à la chaleur qui en émane. L’eau permet également d’agir comme un bouclier contre la radioactivité. Il faut entre 40 et 60 ans pour faire baisser la température de ces combustibles en dessous de 100 degrés Celsius. En effet, c’est uniquement en dessous de cette température que le combustible peut être manipulé ou retraité. La plupart de ces lieux de stockage provisoires se trouvent près des sites de production d’énergie nucléaire, puisque le transport de déchet est complexe et assujetti à de multiples questions de sécurité.


Le stockage permanent

Afin de s’assurer que les déchets soient bien isolés de tout organisme vivant et afin d’éviter qu’ils ne se répandent dans la nature, une installation de stockage permanent devient indispensable. En effet, nous ne pouvons assurer une surveillance suffisamment continue, et une gestion du risque assez pérenne pour un standard de sécurité fixé à 100 000 ans. Ces stockages doivent être situés dans des environnements très stables. Par exemple, les zones qui ont une activité sismique ou volcanique sont exclues, tout comme les basses terres qui sont sujettes aux inondations, ou encore les sols poreux ou érodés dans lesquels pourraient se produire des fuites. Les pays producteurs d’énergie nucléaire qui n’ont pas de sites appropriés pour le stockage vont donc devoir exporter leurs déchets vers d’autres pays. Dès lors, la sécurité du transport est cruciale mais c’est une question encore non résolue.

 


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Into Eternity
Secrets de tournage


Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Into Eternity " et de son tournage !


Michael Madsen, le réalisateur, est un documentariste danois. Son premier long-métrage Himmelnattens kejser - en film om synlighed a été tourné au Japon. Il s'agit d'un documentaire-enquête autour de la légende présumée d'un homme aveugle qui aurait été empereur du royaume du Soleil Levant en l'an 900 après Jésus-Christ.


Interpréter le vrai

Michael Madsen a sa propre vision du documentaire qu'il définit ainsi : "Le documentaire m’intéresse s’il implique un ajout de «réel». (...) La réalité n’est pas pour moi une matière figée que l’on peut transformer en «document» pour servir un sujet. (...) Je suis surtout intéressé par le potentiel et l’exigence de l’interprétation dont la réalité peut - et doit - faire l’objet." Proposer un regard individualisé sur la réalité, telle est son hypothèse de travail.


Elaboration du projet


Yannick Barthe, sociologue et chargé de recherche au CNRS, est un spécialiste des controverses technologiques publiques et du traitement politique des risques collectifs. Il est aussi l'auteur d'un ouvrage intitulé : Pouvoir d’indécision. La mise en politique des déchets nucléaires. Comme son nom l'indique, ce texte porte sur le débat autour du stockage des déchets nucléaires et des enjeux politiques qui se cachent derrière ce sujet ultra-polémique. Barthe explique que les responsables de l'industrie nucléaire sont persuadés d'avoir trouvé une solution au traitement des déchets nucléaires, qu'il est impossible de désintégrer: "Comment affronter la temporalité vertigineuse des déchets nucléaires ? Comment se protéger de ces matières dangereuses pendant des milliers d’années ? À Onkalo en Finlande comme ailleurs, ils étudient la possibilité de stocker ces résidus dans le sous-sol, à 500 mètres de profondeur." C'est ce vaste projet qui fait l'objet du documentaire Into Eternity.


Documentaire et science-fiction

Michael Madsen explique qu'il a été à la fois fasciné et horrifié par le projet Onkalo, prévu pour tenir plus 100 000 ans: "Cela dépasse d’un point de vue technique comme d’un point de vue philosophique, toutes les initiatives humaines existantes jusqu’à présent. C’est complètement inédit." Son documentaire, il l'a imaginé comme un film de science-fiction qui proposerait entre autres de nous projeter dans 100 000 ans: "(...) Je pense que [Onkalo] est un projet emblématique de notre époque - mais aussi une façon bien étrange de se projeter dans l’avenir. Cette conception très moderne du temps m’a paru être un point de vue passionnant pour un documentaire."


100 000 ans plus tard ?

100 000 ans, c'est donc la durée de vie prévue pour Onkalo, cette cachette des plus radioactives qui soient. 100 000 ans est une période qui paraît difficilement concevable à notre échelle. Quand on sait que notre humanité est née il y a environ 100 000 ans, il est compréhensible que nous ayons du mal à nous imaginer 100 000 ans plus tard. Des créations humaines les plus anciennes, il ne nous reste que les peintures rupestres, effectuées il y a 30 000 ans, à l'époque de l'ère paléolithique, et les pyramides, qui ont 4500 ans. On sait aussi que le Christ est né il y a 2010 ans. Quant aux premières détections de la radiation, elles ont été faites il y a 115 années de cela. Tout cela est donc dérisoire face aux 100 000 ans d'âge prévus pour l'installation de stockage en Finlande.


Des déchets meurtriers et impérissables...


Au-delà des risques liés à l'exploitation du nucléaire, il y a ceux liés au traitement des résidus radioactifs. Il faut savoir que les déchets nucléaires sont extrêmement nuisibles pour tous les organismes vivants. Tout individu qui s'expose aux rayonnements peut être victime de mutations génétiques, de cancers incurables et est voué à une mort certaine. Il n'existe que peu de normes de sécurité autour du stockage des déchets nucléaires. 100 000 ans: c'est la durée de vie des particules radioactives contenues dans ces détritus. 300 000 tonnes: c'est la quantité totale de déchets nucléaires dans le monde à l'heure actuelle. Chiffre tout aussi astronomique et qui ne cesse de s'accroître de jour en jour.


"Into Eternity", un titre intriguant


Le titre du film, est lié d'une part à la temporalité des indestructibles déchets nucléaires, et d'autre part à la zone où ces mêmes détritus radioactifs seraient déposés. Yannick Barthe use d'un certain lyrisme pour évoquer lui même cet endroit construit dans les entrailles terrestres:"Censé résister au temps, insensible aux aléas de l’histoire, aux guerres, aux épidémies, ce coffre-fort géologique n’aurait nul besoin d’être surveillé. Les déchets nucléaires pourraient y reposer en paix. Pour l’éternité."


Dispositif du film

Michael Madsen est allé interroger les scientifiques et techniciens qui ont imaginé la construction d'un sanctuaire dédié aux déchets radioactifs. Dans le cadre de leur projet, tout semble avoir été réfléchi et anticipé. Le cinéaste a essayé de déstabiliser ses interlocuteurs en posant certaines questions qui suscitent chez eux des réactions embarrassées. Ce dispositif filmique permet de dénicher les failles de cette invention technologique ultra-ambitieuse mais aussi très périlleuse.


Onkalo, décharge nucléaire en souterrains


Onkalo, qui signifie "cachette" en finlandais, se situe à Olkiluoto, soit 300 kilomètres au nord-ouest d'Helsinki. Il s'agit du premier site de stockage permanent des déchets radioactifs. Ce dépôt a été creusé dans du granit et constitue un immense réseau de tunnels. Débutés en 1970, les travaux prendront fin, selon les calculs officiels, dans plus de cent ans ! La Suède envisage de construire elle aussi une installation de stockage mais cela reste pour le moment hypothétique...


Quelques informations sur le stockage nucléaire


- Stockage provisoire: Tout combustible nucléaire usagé doit être immergé dans une piscine d'eau froide au sein d'entrepôts protégés, souvent situés à côté des zones de production nucléaire. L'eau permet le refroidissement des déchets et protège des émanations radioactives. Il faut environ 50 ans pour que la température baisse en dessous des 100 degrés, en dessous desquels le combustible redevient exploitable. En cas de catastrophes humaines ou naturelles à proximité de ces entrepôts, il y a un réel danger nucléaire.

- Stockage permanent: Pour éliminer tout risque de dispersion dans la nature, les déchets nucléaires doivent désormais faire l'objet d'un stockage permanent. Il faut donc réquisitionner des zones naturelles connues pour leur stabilité, sans risque d'inondation, sans activité sismique, ni volcanique... Sauf qu'un certain nombre de pays producteurs n'ont pas d'environnement répondant à ces critères. Cela implique donc le déplacement de leurs détritus radioactifs vers d'autres pays. Or, le transport pose d'énormes problèmes de sécurité. L'affaire n'est donc pas résolue et ne le sera réellement que dans... 100 000 ans.


Rouvrir le débat sur le nucléaire


Michael Madsen souhaite, par le biais de son film, rouvrir les discussions autour du stockage des déchets nucléaires, et plus généralement autour des innombrables dangers suscités par la prolifération de l'énergie nucléaire. La sortie du film survient peu de temps après la catastrophe écologique de Fukushima. Cette centrale nucléaire japonaise a en effet été endommagée par un violent tsunami en mars 2011.


Des prix à la pelle

Into Eternity a reçu un accueil triomphal dans les festivals qui l'ont projeté. Il y a été récompensé par de nombreux prix :
- Prix du Meilleur Documentaire au Festival Nordique de Bergen (au Danemark),
- Prix du Public au CPH : DOX, un festival spécialisé dans la projection de documentaires (également au Danemark)
- Grand Prix au Festival Vision du Réel (en Suisse),
- Grand Prix Panasonic Plante Doreview (en Pologne)
- et Grand Prix au Festival International du Film d'Environnement (en France).


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Slate.fr

 

La «Cachette» à déchets nucléaires

100.000 ans : c’est la durée de radioactivité des déchets qui sortent de nos centrales nucléaires. «Into Eternity», film de Michael Madsen, nous plonge dans les entrailles du premier lieu de stockage permanent en construction en Finlande. Le documentaire prend la forme d’un film de science fiction aux questionnements philosophiques, tant la temporalité et la gravité des enjeux est vertigineuse.

En Finlande, se construit le bâtiment le plus ambitieux de toute l’humanité. Tombeau-dédale de milliers de kilomètres souterrains, creusé dans le granit jusqu’à cinq cents mètres de fond, il prétend à une technologie, une sécurité et une durée de vie sur des milliers de générations.

Les pyramides d’Egypte n’ont que 4.500 ans. Onkalo –la Cachette en finnois– est censée être garantie 100.000 ans contre tout aléa: séismes, tsunamis, guerres, changements de civilisations, accidents nucléaires compris!

L’esprit humain a les plus grandes difficultés à se représenter une échelle de temps qui correspond à la durée même de l’histoire de l’humanité. Comment alors envisager assurer une responsabilité sur ce terme?

Les personnes travaillant sur le site finlandais, interrogées dans Into Eternity, un film de Michael Madsen, affichent leur confiance dans la science et la technologie impliquées dans la construction d’un tel sanctuaire. Mais elles finissent par être embarrassées par les questions du réalisateur, qui instille ainsi le doute dans l’esprit du spectateur, sur la sécurité du bunker, qui sera refermé en 2100.

Comment être sûr qu’il ne sera jamais ouvert, comme les pyramides d’Egypte? Et comment transmettre l’information de sa dangerosité à des milliers de générations, qui ne parleront plus notre langue et auront peut-être perdu notre technologie?

Considérant que la curiosité humaine est le plus grand danger, les Finlandais ont opté pour l’oubli pur et simple du site… Arrivant à point nommé dans l’actualité mondiale du nucléaire, ce documentaire a reçu le Grand Prix du Festival du Film d’Environnement en France ainsi que quatre autres prix à l’étranger.

L’impossible «sortie» du nucléaire

L’explosion de la centrale de Fukushima ne doit pas nous faire perdre de vue que les déchets issus des centrales représentent un danger bien plus important et surtout bien plus permanent que les centrales en activité.

L’expression «sortir du nucléaire» qui fait l’objet de débats et même d’un projet de loi, en Allemagne, n’inclut pas ce feu inextinguible qu’est le combustible usagé, dont toute «sortie» est exclue.

A Tchernobyl, onze ans après la fermeture du dernier réacteur, les combustibles usagés sont stockés dans des «"piscines", pleines à ras bord (et) présentent un danger vingt fois supérieur à celui de l’accident de 1986», prévient Vladimir Tchouprov , directeur du département énergétique de Greenpeace Russie dans Libération, «c’est-à-dire assez pour anéantir la moitié de la planète (…) dans une région d’Ukraine sujette aux tremblements de terre».

Le stockage permanent en profondeur est nécessaire, pour nous protéger des risques d’un stockage en surface, par nature instable.

Le film de Michael Madsen commence par exposer qu’on n’a pas trouvé mieux. Les envoyer dans l’espace? Et si la navette explose en traversant l’atmosphère? Les couler au fond de l’océan? Cette option n’en est plus une car on s’est rendu compte que c’est le berceau de la vie que l’on intoxiquait. Le sous-sol est le milieu le plus stable que l’on connaisse, sur le terme étudié, qui va jusqu’à un million d’années!

Le Cedra, collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs a réagit à la sortie du documentaire le 18 mai: «Cette “solution” qu’on nous propose n’en est pas une.» Le film Into Eternity ne rentre jamais dans les considérations techniques, qui sont les arguments des défenseurs de l’enfouissement ou simples gestionnaires de la filière des déchets ultimes.

En emmenant sa caméra dans les entrailles de la terre et en s’adressant au spectateur comme à un visiteur importun du futur, Michael Madsen se contente de mettre en abîme, au sens propre comme au figuré, les enjeux de ce chantier titanesque. D’autant que ce type de site va se multiplier, étant donné la trentaine de pays nucléarisés. La Belgique a son site d’enfouissement. La France aussi, prépare le sien, à Bure, dans l’est de la France.

Le site français de Bure controversé

Après quinze ans de recherches, notamment sur le laboratoire de la Meuse/ Haute Marne, à 490 mètres sous Bure, dans l’argilite, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) a déclaré dans son rapport 2005: «La faisabilité du stockage dans l’argile est acquise.» L’agence assure avoir fait une «analyse de l’évolution du stockage sur un million d’années, en considérant les phénomènes thermiques, hydrauliques, mécaniques et chimiques dans l’environnement».

Le risque humain, sur lequel se concentre Into Eternity n’est aucunement évoqué. Sans doute sera-t-il mis dans la balance en 2013, année prévue de la concertation avec le public français. La loi de 2006 sur les déchets radioactifs a en effet prévu cette étape de principe, avant la mise en exploitation du site, prévue pour 2025, sous réserve des autorisations à instruire à partir de 2015. «Les travaux menés dans les laboratoires souterrains étrangers ont validé la démarche d’analyse de l’Andra», s’accrédite l’agence d’Etat.
La seule réserve qu’on s’accorde en France est le principe de «réversibilité», soit la possibilité de changer d’avis et d’ôter les fûts de leur tombeau au cours de la centaine d’années d’exploitation du site.

Quels seront ces déchets ?

Cependant, des voix dissonantes s’élèvent depuis de nombreuses années sur les risques liés au site de Bure, et notamment à la couche d’argilite dans laquelle on va creuser une véritable cité souterraine de 300 km de galeries et alvéoles pour stocker les dangereux colis (8.000 m3 de déchets hautement actifs et 70 à 80.000 m3 de déchets moyennement actifs).

Le docteur en géologie à la retraite Godinot, et feu le géophysicien André Mourot ont tiré la sonnette d’alarme sur les risques d’infiltration d’eau. Une eau qui dégraderait les fûts, se gorgerait de radioactivité puis véhiculerait celle-ci au gré des écoulements.

«Le sous-sol de Bure (…) est strié d’une multitude d’anciennes failles verticales que les séismes vosgiens tout proches pourraient rouvrir, conduisant très rapidement les eaux dans le stockage souterrain. Ce risque, majeur, est d’autant plus sérieux que le creusement d’une poubelle transformerait la zone souterraine en un véritable gruyère», s’alarme le Cedra, comme les nombreux collectifs contre l’enfouissement de la région.

Des failles?

L’Andra rapporte n’en avoir décelé aucune dans la couche concernée par le stockage, sur 200 km2 explorés par ses géophysiciens au nord et au nord-ouest du laboratoire de Bure. «Aucun des forages (2.300 m au total) n’en a traversé», souligne le rapport 2005.

André Mourot contestait également l’imperméabilité et la fiabilité de l’argilite, cette roche dure, composée principalement d’argile mais aussi d’un pourcentage de calcaire, dans laquelle sont creusées les alvéoles de stockage. Cette roche est la barrière principale au relâchement de matières radioactives, or le géophysicien avait mis en évidence qu’un morceau de cette roche à l’air libre se décomposait sous la pluie. Cela dit, la couche géologique concernée est là depuis 155 millions d’années…

Les Finlandais ont eux choisi le granit. Ce type de milieu a été écarté en France, à cause d’une trop grande densité de failles dans les sites étudiés. Si le réalisateur n’aborde pas ces aspects techniques dans son film, sa caméra s’attarde néanmoins sur l’eau qui coule sur les visages des mineurs et on ne peut que noter que les parois des tunnels sont striés de ruisselets.

On estime que la quantité totale de déchets radioactifs dans le monde se situe entre 250.000 et 300.000 tonnes, tout en sachant que cette quantité augmente tous les jours. La responsabilité qu’engagent leur production et leur stockage a pour l’instant été prise par une poignée d’élus et de scientifiques. Au Japon, en France, en Suisse et partout où les centrales fument, des voix s’élèvent pour être enfin prises en compte dans ces décisions.

Hélène Huteau

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Source : Planète 89
 
 
22 mars 2011

En Finlande, des déchets nucléaires enfouis pour l'éternité
 
Par Marie-Pierre Duncan
 
La construction en Finlande d'un site souterrain destiné à stocker des déchets nucléaires pour 100 000 ans pose question. Comment s'assurer que les générations futures n'y pénétreront jamais ? Le documentaire « Into eternity »  y est consacré.
 
« Onkalo » signifie cavité en finnois. Une cachette, autonome, stable et protégée de toute intrusion humaine future où les déchets radioactifs pourront être stockés. Le chantier a commencé en 2004 et peut durer jusqu'à deux siècles.

Cet espace du sud-ouest de la Finlande a été choisi pour sa roche et sa géologie considérées comme stables.

Sa mission : prendre la relève des solutions temporaires d'entrposage actuelles et creuser le tombeau du feu et de l'énergie de notre civilisation. En dehors du documentaire de Michael Madsen, Onkalo a été peu médiatisé.
 

« Se souvenir d'oublier »


Politiciens, théologiens mais aussi les ingénieurs du chantier sont tour à tour interrogés dans le documentaire sur la manière de garantir l'harmonie du projet avec son environnement, et surtout d'en protéger les espèces vivantes et humaines qui existeront sur terre dans 100 000 ans. Au-delà du défi technique, comment assumer un tel legs ?
 
Les responsables de recherche se donnent pour mission de communiquer sur l'idée que c'est un endroit de danger, dont il faut rester éloigné.

Ils réfléchissent notamment autour de la peinture « Le Cri » d'Edvard Munch, à la façon technique, architecturale et symbolique d'exprimer la négativité de cet espace, mais aussi à des barrières qui nécessitent des compétences technologiques.
 
Les politiques penchent pour l'installation de « marqueurs » qui signifieront le site par des pierres runiques par exemple, gravées de messages en différentes langues et pictogrammes. Mais comment s'assurer qu'ils seront compris ? Les langues, les symboles changent, l'espèce humaine aussi.

Etablir des marqueurs en surface du site implique d'attirer l'attention, alors que tout l'objectif des chercheurs est d'éviter à tout prix l'intrusion humaine. Nous ne savons pas, en 2011, comment pourraient être interprétés les déchets et le lieu. Trésor, tombeau, sanctuaire ? Les capsules radioactives, des monnaies d'échange ?

Une solution que les chercheurs du projet étudient : créer une légende mythe, une histoire suffisamment forte et symbolique, qui puisse être comprise intuitivement pendant très longtemps. Jorge Luis Borges, poète et écrivain argentin, aurait sûrement aimé relever ce défi littéraire. Mais à l'heure d'une menace nucléaire dont nous savons si peu, Onkalo sonne comme un bien sombre tombeau.

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Source : Maxi Sciences
 

Into Eternity : quel avenir pour les déchets nucléaires ?
 
28 avril 2011

Aujourd'hui, il existerait dans le monde entre 250.000 et 300.000 tonnes de déchets radioactifs. Une quantité totale qui augmenterait de jour en jour au rythme de la production d'énergie nucléaire. Mais si ce chiffre apparaît déjà colossal, il se révèle d'autant plus inquiétant lorsque l'on prend en compte la dangerosité de ces déchets et leur longévité. Selon les estimations, ceux-ci resteraient radiotoxiques pendant au moins 100.000 ans. "Comment affronter une temporalité aussi vertigineuse ? Et comment se protéger de ces matières dangereuses pendant des milliers d'années ?" Voilà des questions que les spécialistes du nucléaire se posent depuis bien longtemps. Aujourd'hui, certains semblent avoir trouvé une solution : le projet Onkalo.

C'est en découvrant l'existence d'Onkalo que Michael Madsen a décidé de réaliser le film Into Eternity. Un documentaire sous forme de film de science-fiction qui nous plonge dans le vif de ce projet, "qui dépasse d'un point de vue technique comme d'un point de vue philosophique, toutes les initiatives humaines existantes jusqu'à présent" selon le réalisateur. En effet en Finlande <http://www.maxisciences.com/finlande/>  et pour la toute première fois, un lieu de stockage permanent de déchets nucléaires est en cours d'installation. Il s'agit d'un immense dédale de tunnels souterrains creusés dans la roche à 500 mètres de profondeur depuis les années 1970. Aujourd'hui, la construction est toujours en cours et ne devrait pas s'achever avant 2100. Soit encore plus d'un siècle de travaux destinés à étendre les tunnels et à les renforcer. Car voilà, Onkalo est censé abriter les déchets pendant au moins 100.000 ans. Une durée qui amène de nombreuses questions.

Une fois Onkalo terminé et tous les déchets répartis dans les tunnels, la "chambre funéraire" sera scellée par un mur. A jamais ? Pas sûr... "Comment s'assurer que ce lieu ne contaminera jamais personne ? Et comment prévenir les générations futures des dangers que représente cette cargaison mortelle ?" Alors que la construction avance de plus en plus, les spécialistes s'interrogent sur le meilleur moyen de tenir l'Homme d'un naturel curieux à l'écart d'Onkalo. Laisser des messages ou faire en sorte que le site tombe dans l'oubli ? Les avis sont partagés, au vu d'une période aussi lointaine. Après tout, nous avons mis près de 14 siècles pour déchiffrer les hiéroglyphes. Au bout de 100.000 ans, il n'est ainsi pas certain que nous parvenions à laisser un avertissement clair aux générations futures... Sans oublier, qu'il faudrait de plus plusieurs Onkalo pour stocker la quantité totale de déchets nucléaires.


Un héritage encombrant

Ponctué d'interventions des spécialistes en sûreté nucléaire finlandais et suédois, le documentaire de Michael Madsen pose les bonnes questions et révèle les incertitudes cachées derrière ce projet ambitieux. Alors que la catastrophe nucléaire survenue au Japon a relancé le débat sur l'utilisation du nucléaire, le film expose ainsi un autre aspect controversé de cette énergie aujourd'hui massivement utilisée. En France, Into Eternity a reçu le Grand prix du Festival international du film d'environnement.


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Novethic


Des déchets nucléaires enfouis pour l'éternité ?

En Finlande, un projet de stockage permanent des déchets nucléaires est en construction. Dans une centaine d'années, il deviendra le tombeau de déchets à haute valeur radioactive pour les 100 000 prochaines années.
En France, un projet similaire est à l'étude. Mais comment s'assurer que les générations futures ne pénétreront pas ces sanctuaires creusés à 500 mètres sous terre ? C'est ce qu'interroge le réalisateur Michael Madsen dans son documentaire « Into eternity ». Et ce qu'étudie l'Andra, dans son laboratoire de Bure…


ONKALO -« la cavité » en français- est la première installation de stockage des déchets nucléaires civils de haute activité radioactive présentée comme capable de tenir 100 000 ans (le plutonium ayant une durée de vie de 240 000 ans par exemple). Le site se trouve en Finlande, sur l’île d’Olkiluoto où se situent déjà une centrale nucléaire, un centre de stockage des déchets de faible/moyenne activité, et prochainement un EPR. En construction depuis 2004, ONKALO est un immense dédale de tunnels souterrains creusés jusqu’à 500 mètres dans du granit. Commencée dans les années 70, l’installation recevra ses premiers déchets vers 2020 puis sera remblayée et sécurisée au cours des années 2100. Avant, espère-t-on, de rester fermée à toute intrusion humaine et technique pendant des milliers d’années. Un avenir difficile à imaginer tant l’échelle nous dépasse. A titre de comparaison, 100 000 ans c’est à peu près ce qui nous sépare de l’existence de l’espèce humaine telle que nous la connaissons. Les plus anciennes peintures rupestres connues, elles, ne dépassent pas 30 000 ans. Et rappelons-nous que nous ne savons détecter la radioactivité que depuis 115 ans...


Quels risques ?

Le projet ONKALO « dépasse d’un point de vue technique comme d’un point de vue philosophique, toutes les initiatives humaines existantes jusqu’à présent. C’est complètement inédit. Et en cela, je pense que c’est un projet emblématique de notre époque – mais aussi une façon bien étrange de se projeter dans l’avenir », juge Michael Madsen, le réalisateur du documentaire « Into Eternity » (1) qui interroge les implications d’un tel projet notamment du point de vue de la mémoire. Car comment s’assurer que ce lieu – qui contiendra peut être les derniers vestiges de notre civilisation - ne contaminera jamais personne ? Comment prévenir les générations futures des dangers que représente cette cargaison mortelle ? Alors que les pyramides, auxquelles on compare la construction de ce type de bunker, ne datent que de 4 500 ans, comment imaginer quelle sera la solidité et la viabilité de cette installation, alors que la Finlande connaîtra sans doute à cette époque le retour de l’âge de glace ? Faut-il utiliser des marqueurs, des signalétiques en différentes langues et/ou des pictogrammes sur des monolithes, s’inspirer du cri d’Edward Munch ou laisser le centre sombrer dans l’oubli ? Sans doute les réponses ne peuvent-elles être que floues ou incomplètes au vu de l’échelle temporelle, mais comment ne pas se soucier de ce qu’il adviendrait aux générations futures (environ 6 000 générations sur cette durée !) en cas de problème ?

En France, c’est la mission confiée à l’Andra (agence nationale des déchets radioactifs), qui travaille notamment sur un projet d’enfouissement des déchets nucléaires à moyenne et haute activité radioactive relativement similaire à celui d’ONKALO, à quelques différences près tout de même (voir encadré). Pour le directeur de la maîtrise des risques de l’agence, Fabrice Boissier, c’est d’abord le risque de forage qui serait le plus important. Un trou à proximité des colis de béton, inox ou acier, renfermant les déchets déjà dégradés pourrait en effet permettre à une partie de la radioactivité de remonter à la surface puis de se diffuser à travers les nappes phréatiques ou les cours d’eau. Mais l’Andra se veut rassurante. « Nous avons fait des modélisations et même dans ce cas, si cela arrivait dans les 500 ans après la fermeture - sachant qu’avant on peut penser que la mémoire du lieu serait conservée - l’impact serait limité et inférieur à une radioactivité naturelle », assure Fabrice Boissier. Quant à l’intrusion d’une personne dans cet antre, si elle devait aller jusqu’à une distance assez proche des colis, elle serait bien évidemment « nocive » du fait de l’irradiation ou de la contamination… « Mais nous essayons justement de concevoir le stockage dans un objectif de protection de l’homme et de l’environnement. C’est dans ce but qu’il faut choisir un milieu géologique très spécifique comme l’argile - très imperméable -, et situé dans une zone stable, sans séisme. Ensuite, il faut enterrer les déchets en profondeur et ne plus avoir besoin d’assurer une maintenance à compter de la fermeture de la structure », explique-t-il.


Quelle mémoire ?

Mais même ainsi confiné, comment indiquer aux générations futures le danger représenté par le contenu de la structure ? Une « solution de référence » a été établie pour les 300 prochaines années environ. Il s’agit de plusieurs documents, sorte de mémoire technique, écrits sur du papier permanent.  Les premiers contiennent la « mémoire détaillée » du lieu (sur 442 938 pages !). Conservé à la fois sur le site et aux archives nationales, il peut être exploitable par des personnes extérieures au projet. Les autres documents renferment la « mémoire de synthèse », sur 200 pages environ. Accessible au grand public, ce résumé est destiné à être diffusé le plus largement possible, en priorité aux populations locales et parties prenantes.

Mais pour les personnes qui nous succèderont dans 100 000 ans…qu’est-il prévu ? « Nous travaillons sur le sujet de façon pluridisciplinaire avec des ingénieurs, des chercheurs en sciences humaines, des scientifiques, des prestataires, des homologues internationaux, pour examiner les solutions les plus diverses, en s’inspirant de la façon dont se transmet le patrimoine ou la mémoire religieuse notamment, précise Fabrice Boissier. Cela va de la solution la plus pittoresque à la plus technologique. Par exemple, on peut imaginer un disque de saphir où serait inscrite toute la mémoire du lieu grâce à des tailles de textes extrêmement variables. »

Quelle acceptabilité ?

Des travaux qui laissent plus que sceptiques les opposants au projet, qui sont mobilisés depuis plus de 15 ans contre ce qu’ils appellent la « poubelle nucléaire ». Il y a deux ans, une pétition avait ainsi recueillis 45 000 signatures (même si une bonne part de la population reste séduite par les promesses économiques du projet). Il s’agit d’une « gestion par l’oubli » dénonce pour sa part Jean-Marc Fleury, maire délégué de Varney, EE-LV et membre de l’association d’élus (2) du collectif Bure-Stop. « Des études commandées par la CLIS (3) ont démontré que nous étions sur une des zones françaises où il y a le plus d’eau ! Et si le sous-sol n’a pas bougé pendant des milliers d’années, qu’est ce qui nous assure qu’une fois que l’on aura excavé à 500 mètres il en sera toujours de même ? On ne sait même pas garantir la durée de vie des alvéoles où seront stockés les déchets ! ». En effet, selon cet examen critique du projet de l’Andra, mené par l’IEER, si l’agence est « à l’avant garde dans ses recherches dans de nombreux domaines », son « évaluation de performance du stockage est optimiste dans l’interprétation de phénomènes complexes » (voir document lié). Un optimisme qui rappelle à Jean-Marc Fleury le précédent du centre de stockage allemand de Asse II, où pendant des décennies, quelque 12 000 litres d’eau se sont infiltrés dans cette ancienne mine de sel contenant plus de 120 000 fûts de déchets de faible et moyenne radioactivité avant que l’information ne sorte en 2008…

« Tchernobyl, Fukushima…ces accidents nous montrent que l’on est encore incapable de maîtriser cette technologie et qu’il n’y a pas d’autres solutions que l’arrêt du nucléaire », conclut Jean-Marc Fleury. Mais en attendant, pour Fabrice Boissier, l’accident de Fukushima montre au contraire la vulnérabilité des installations de surface et la nécessité de l’enfouissement pour résister aux cataclysmes ou même aux actes terroristes.

Un ONKALO FRANÇAIS ?

En France, les déchets de haute et moyenne activité nucléaire à longue vie sont provisoirement stockés dans des piscines. Mais un projet d’enfouissement des déchets nucléaires de moyenne et haute activité radioactive est prévu sur les communes de Bure et Saudron, entre la Meuse et la Haute Marne, où un laboratoire souterrain de l’Andra réalise déjà des études et recherches sur ce stockage. Ce n’est cependant qu’après un débat public prévu en 2013 que l’autorisation de la construction sera donnée ou pas, en 2016. Si elle est acceptée, le centre sera mis en chantier en 2017 puis en service en 2025. Contrairement à celui d’Onkalo, prévu pour recevoir un gros volume de déchets non retraité dans des galeries creusées dans du granit, le centre français devrait lui recevoir de plus petites quantités, composées des combustibles usés, des produits de fission, et des verres nucléaires issus du retraitement (l’Andra n’est pas mandaté pour étudier les stockage du MOX pour l’instant) qui ont résulté de l’exploitation nucléaire depuis le début du programme national. Selon l’Andra, l’emprise du stockage devrait porter sur 15 kms3 environ. La loi française précise aussi que ce stockage doit être réversible au moins pendant 100 ans, c'est-à-dire que l’on puisse ressortir les déchets au cas où une autre solution serait préférée. Mais la faisabilité de cette réversibilité reste posée. Ce type de centre est encore peu commun dans le monde même si tous les pays nucléarisés y réfléchissent. Un seul est en activité pour recevoir les déchets militaires de moyenne activité aux USA et deux sont en construction en Finlande et en Suède.


(1)« Into Eternity » de Michael Madsen sort sur les écrans français le 18 mai 2011.
(2)EODRA : Association des Elus de Lorraine et Champagne-Ardenne Opposés à l'enfouissement des Déchets RAdioactifs et favorables à un développement durable
(3)L’examen critique du projet de l’Andra a été conduit par le président de l’Institute for energy and environmental research (IEER), l’américain Arjun Makhijani.(à consulter sur le site de la CLIS de Bure)

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Quelques échanges lors du débat à St Dizier :

Une spectatrice : « Il y a trente ans, on nous disait que la meilleure solution pour stocker les déchets, c’était le fond des mers. On s’est rendu compte que ça n’allait pas. Aujourd’hui, on nous dit que la meilleure solution, c’est l’enfouissement. Que nous dira-t-on dans trente ans ? »

Jean-Marc Fleury : « A Bure, la seule recherche c’est de savoir si la population est d’accord. C’est un projet industriel et c’est vous qu’on étudie. Pour ça, on donne de l’argent et je pense que les élus se trompent en pensant que cela va développer nos territoires ». « A Tchernobyl, on nous a dit que c’est de la faute des Russes. A Fukushima, on nous dit que c’est à cause du tsunami. Ce n’est jamais la faute du nucléaire lui-même. Est-ce que ça vaut le coup de prendre tous ces risques pour faire bouillir de l’eau ? »

Une autre spectatrice
: « On nous dit qu’il n’y a pas de solution, alors pourquoi dépenser autant d’argent ? Pourquoi ne pas dépenser ces sommes pour la recherche de solutions alternatives au nucléaire ? »

Une troisième spectatrice : « Les acteurs actuels de l’enfouissement sont les assassins de nos générations futures. »

Un spectateur : « L’Andra ce sont des chercheurs. Les politiques leur ont mis des échéances qu’ils n’arrivent pas à respecter. Il leur faut beaucoup plus de temps pour trouver des solutions, si solutions il y a… »

Une nouvelle spectatrice : « On nous dit que les tarifs de l’électricité augmentent à cause des énergies renouvelables. Alors qu’on s’est finalement rendus compte que c’est le nucléaire qui coûte plus cher que prévu. On nous ment donc aussi là-dessus. »

Eric Sutre, géologue-sociologue de l’Andra : « Actuellement, on se préoccupe de savoir ce qui va se passer quand l’eau atteindra les colis, car ça va arriver, et quels radionucléides fuiront et traverseront la couche… »
 
 

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