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SDN - Le grand théâtre de la refondation

 

 

Analyse

de Michel Boccara, SDN Lot et Bien Profond, janvier-février 2014

 

Version  courte

 

 

Réseau SORTIR DU NUCLEAIRE

Le grand théâtre de la refondation, acte 1

Réflexions sur l’Assemblée générale du 18 janvier 2014 

 

Chez les Wirarikas, groupe indigène du Mexique, il existe chaque année un grand rituel collectif qui permet de s’assurer que le cœur de chacun peut se transformer en un cœur collectif, « notre cœur ».

Le réseau c’est « notre cœur » et à partir du moment où il n’est plus « notre cœur », il faut le refonder.

L’AG du réseau a été le premier acte de ce grand rituel de refondation. Nous sommes à la moitié du gué, le réseau peut redevenir « notre cœur »  si nous réussissons à organiser le Congrès de la refondation que l’AG, unanime, a appelé de ses vœux.

Ce texte n’est pas un compte rendu, il revendique sa subjectivité. C'est la version courte d'un texte plus long que pourront lire ceux qui prendront le temps de le faire.

1 / La scène

Il peut paraître curieux que le lieu choisi pour ce premier acte soit le lieu même où la crise – certains disent « le crime » - avait éclaté. Je dis « éclaté » car bien sûr, elle couvait depuis un certain temps déjà. Un lieu « neutre » aurait été sans doute plus judicieux. Mais ce choix est certainement le résultat d’un calcul. Théâtralement, cependant, il me paraît intéressant que le lieu de l’exclusion soit aussi devenu le lieu de la réhabilitation même si celle-ci ne satisfait pas tout le monde.

 2 / Le rapport moral

Le rapport moral a été suivi d’une discussion très critique soulignant notamment :

- le relatif échec de la chaîne humaine de mars

- la faculté du CA à s’attribuer des actions qui ont en fait été menées par les groupes. Ceux-ci constituent bien le réseau mais ils doivent souvent/parfois mener leur action à contre courant de la ligne politique mise en œuvre par le CA.

- En « sourdine », il y avait les conflits qui ont agité le CA tout au long de l’année et qui ne se réduisent pas à l’opposition de Marie-Hélène Mancinho à qui le CA a retiré puis redonné son porte-parolat puis retiré à nouveau.


Le vote a, comme l’an dernier, montré le clivage du réseau entre ceux qui approuvaient le rapport – même si certains l’ont fait avec des réserves et pour ne pas mettre en danger l’activité du réseau – (40) et ceux qui se sont opposés ou abstenus (37).

Nous retrouverons ce clivage, mais dans l’autre sens, lors du vote sur les scénarios de la refondation.

3 / Violence et réhabilitation

Le comité de médiation a été mis en place pour essayer de remédier à la violence qui a accompagné la crise déclenchée lors de l’AG 2010. Cette violence était d’autant plus forte que, pendant plusieurs années, j’en ai été témoin lorsque j’étais au CA, une partie des protagonistes ne reconnaissait pas cet état de crise et avait tendance à considérer que cette violence n’émanait que d’un seul côté : les exclus. Les exclus ont toujours tort, c’est bien connu, et leur réhabilitation se fait souvent à titre posthume. Que l’AG 2014 ait clairement réhabilité les exclus est, à mon avis, une victoire pour le réseau mais je ne suis pas sûr que chacun en soit convaincu. Reste le plus difficile : faire entrer cette réhabilitation dans les faits, réussir le second acte du grand théâtre de la refondation.

4 / La refondation

L’an dernier, une motion votée à 92% par les participants à l’AG donnait mandat à la commission Refondation pour élaborer trois propositions de Refondation expérimentale sur lesquelles l’AG de 2014 aurait à voter.

Malgré l’engagement partial du CA dans un texte manipulateur sur le scénario 1, c’est le scénario 2 qui propose l’expérimentation immédiate du processus de Refondation, qui l’a emporté, même si, à la fin, un vote a séparé de très peu les deux derniers scénarios en présence. Cependant il a été décidé, sans réelle discussion, un troisième tour où le scénario vainqueur devait remporter au moins 66% des suffrages pour être appliqué. Ce vote n’a accordé que 53% au scénario « vainqueur », ce qui était insuffisant pour sa mise en application.

5 / Motions et campagnes

C’est un des points les plus délicats des AG auxquelles j’ai assisté, et celle de 2014 n’a pas manqué à cette règle :

1) Il y a trop de motions et campagnes, pourquoi ? Les raisons sont multiples et la refondation en proposant des structures intermédiaires : assemblées régionales, bassins de luttes… notamment, devrait permettre d’y remédier en partie.

2)  Trop de motions et campagnes implique que l’on ne puisse pas vraiment les discuter. Le système adopté dans cette AG était violent : une présentation en deux minutes de la motion, un avis pour, un avis contre et le vote renvoyé au lendemain matin.

Il est vraiment dommage de discuter des motions dans ces conditions : soit on a une discussion de fond, soit on vote les motions avant l’AG, par un autre système ; mais ce qui s’est passé à cette AG ne fait qu’accentuer les tendances observées lors des précédentes AG : l’AG est un théâtre, elle n’est pas un lieu de débats.

6 / L’organisation de l’AG

C’est ici, probablement, que réside le plus grand souci de cette AG, et c’est un reflet de l’état actuel de crise, le groupe organisateur, et le comité d’animation désigné par lui, ne sont pas neutres et ils n’ont que très peu tenu compte des recommandations du comité de médiation :

« Il reste cependant tout à fait contestable que l'assemblée soit animée directement par des salarié/e-s qui de fait pilotent les débats et en décrédibilisent le caractère « démocratique » »

Les salariés, bien que moins présents que l’an dernier à la tribune, ont continué de l’être. Il n’y a eu aucun appel aux groupes, ni aucune volonté du CA de se dessaisir du « contrôle » de cette AG. La seule personne extérieure au CA et aux salariés était un « aboyeur » qui aurait pu faire dégénérer le débat et qui l’a en tout cas perturbé et gêné. On ne peut s’empêcher de penser que tel était, malheureusement, l’objectif de certains des organisateurs et, notamment, d’empêcher, coûte que coûte, certaines « grandes gueules » qui constituent un contre pouvoir de parler.

Pour l’organisation du congrès de Refondation, une condition sine qua non de son organisation sera que le comité d’Organisation soir remis entre les mains des groupes.

Le problème fondamental est celui de la faible participation des groupes aux AG. 82 votants, et 57 groupes présents, c’est trop peu et cela signifie une grande défiance des groupes vis-à-vis du réseau et de son organisation actuelle. Avec la sortie de bon nombre de groupes militants historiques du réseau, c’est probablement le principal obstacle à une réussite de la Refondation. Un congrès de Refondation doit augmenter considérablement le nombre de groupes participants et devra s’appuyer sur les groupes qui ont été membres du réseau mais qui ne le sont plus.
 
7 / Les résultats de l’AG

Le vote de la motion de réhabilitation des membres du CA et de Stéphane Lhomme est un pas important vers la résolution de la crise morale. Stéphane Lhomme pense que la motion adoptée est insuffisante, je le cite : « Ce n'est pas la motion de Tchernoblaye qui a été adoptée. Cette motion condamnait (à juste titre) la machination lors de l'AG 2010 et les évictions (administrateurs évincés, salarié licencié). Or la motion votée en AG ne dit rien de tout ça : elle dit juste que les exclus de 2010 doivent être réhabilités. Tout reste donc à faire. » Je pense que « tout » ne reste pas à faire mais qu’un premier pas important a été accompli et qu’il faut le reconnaître. Puis, et là je peux être en accord avec Stéphane Lhomme, il faut une véritable refondation et de ce point de vue « tout reste à faire », nous sommes pour reprendre l’expression d’un des participants, à la fin de cette AG « au milieu du gué ». Si l’AG a acté la proposition de compromis du représentant de Sud-Rail – qui s’est par ailleurs posé, puisqu’il était le seul syndicat présent, en défenseur des salariés – d’organiser rapidement un grand congrès de la Refondation, si le CA a repris cette proposition, il reste à organiser ce congrès et cette organisation ne peut pas se concevoir comme une simple AG, c’est-à-dire sous la responsabilité du CA et des salariés.

 8 / Le grand théâtre de la refondation, acte 2 :

organiser un vrai congrès de Refondation

Je vais donc proposer un cadre dans lequel ce congrès peut avoir lieu pour éviter que le travail de la commission refondation soit perdu et que les militants aient l’impression que, encore une fois, la volonté de refondation, clairement exprimée dans l’AG de 2013 et de 2014, soit enterrée.

1 / La Refondation doit être engagée par toutes les composantes du réseau Sortir du nucléaire à savoir aussi bien les groupes qui sont sortis du réseau que ceux qui y sont restés et ceux qui y sont rentrés récemment.
 
2 / Le congrès de Refondation doit être organisé par les groupes, le CA et les salariés doivent aider à ce processus mais ne doivent pas, comme ils le sont pour l’AG, être la force principale d’organisation.

3 / Ce congrès doit être organisé rapidement : cet été me paraît une date incontournable, si nous voulons qu’ensuite, une AGE puisse, à partir des travaux du congrès, prendre les décisions nécessaires.
 
4 / Des moyens importants doivent être affectés à l’organisation de ce congrès et ce, en acceptant de modifier le budget prévisionnel.

5 / Un nombre significatif de groupes, et c’est le point le plus délicat, doit préparer ce congrès.

Déjà, un texte proposé par les responsables de deux groupes (Didier Latorre SDN 34 – Dominique Malvaud SDN 26/07) appelle à l’organisation de ce congrès.

J’ai conscience que réussir la Refondation va être difficile mais je ne veux pas décider de sortir du processus avant de l’avoir mené à son terme car je pense que la décision de sortir du réseau et de construire autre chose, pour qu’elle soit constructive, doit être menée après avoir essayé au maximum de conserver cet outil qu’est le réseau.

Michel Boccara, SDN Lot et Bien Profond, janvier-février 2014

 

 


 

 

 

Analyse

 

de Michel Boccara, SDN Lot et Bien Profond, janvier-février 2014

 

Version  longue

 

 

Réseau SORTIR DU NUCLEAIRE

 

Le grand théâtre de la refondation, acte 1

 

Réflexions sur l’Assemblée générale du 18 janvier 2014

 

Chez les Wirarikas, groupe indigène du Mexique, il existe chaque année un grand rituel collectif qui permet de s’assurer que le cœur de chacun peut se transformer en un cœur collectif, « notre cœur ».

Le réseau c’est « notre cœur » et à partir du moment où il n’est plus « notre cœur », il faut le refonder.

L’AG du réseau a été le premier acte de ce grand rituel de refondation. Nous sommes à la moitié du gué, le réseau peut re-devenir « notre cœur »  si nous réussissons à organiser le Congrès de la refondation que l’AG, unanime, a appelé de ses vœux.

Je propose dans ce texte une vision de l’AG. Ce texte n’est pas un compte rendu, il revendique sa subjectivité mais j’ai essayé de proposer une analyse équilibrée, qui tienne compte de tous les groupes en présence, des discussions, des off aussi, des avancées, des espoirs et des obstacles sur notre chemin. Il est assez long et seuls pourront le lire ceux qui prendront le temps de le faire, j’en ai donc proposé une version courte pour les lecteurs pressés. C’est, avec toutes les ambiguïtés de cette expression, une ethnographie à chaud, ou une sociologie participative comme on voudra, où l’ethnologue est membre du groupe qu’il décrit et analyse. Ce texte s’ouvre, avec joie, à la critique de tous, car critiquer une œuvre c’est la continuer. Il faut le dire d’emblée, si mon opinion est une opinion parmi d’autres, sa légitimité est la suivante : elle est celle d’un des protagonistes du processus de Refondation, depuis juin 2010, qui a fait de plus l’expérience d’un an de CA en 2010-2011, elle est celle d’un des rédacteurs du scénario 2, majoritaire à l’AG 2014, elle est celle d’un sociologue/anthropologue qui s’efforce d’utiliser de manière critique les méthodes de sa discipline pour analyser la crise du réseau et son issue (voir annexe 1).
Une première version de ce texte a été envoyée à une dizaine de personnes. J’ai incorporé certaines de ces critiques dans cette version en espérant qu’elles auront amélioré mon texte.

1 / La scène

Il peut paraître curieux que le lieu choisi pour ce premier acte soit le lieu même où la crise – certains disent « le crime » – avait éclaté. Je dis « éclaté » car bien sûr, elle couvait depuis un certain temps déjà. Un lieu « neutre » aurait été sans doute plus judicieux. Mais ce choix est certainement le résultat d’un calcul…

Théâtralement, cependant, il me paraît intéressant que le lieu de l’exclusion soit aussi devenu le lieu de la réhabilitation même si celle-ci ne satisfait pas tout le monde.

2 / Réflexion générale sur une Assemblée Générale

Plusieurs personnes m’ont dit : « Je m’attendais à une AG beaucoup plus difficile ». Pour moi, cela n’a pas été facile, j’étais un peu tendu et je me disais souvent « relâche-toi, n’en fais pas une affaire personnelle, si cette AG ne permet pas d’aller au bout du processus de refondation, et bien on fera autre chose… ». Heureusement, les occasions de rigoler n’ont pas manqué, prévues ou imprévues.

Il y a différentes manières de considérer cette AG.

La direction – ou l’animation si on souhaite employer un terme moins partisan – a encore une fois été très partielle et a empêché toute réflexion approfondie.

Il semble qu’il y avait une peur panique du groupe organisateur de l’AG de voir les choses lui échapper et, pour certains, plutôt que d’enclencher le processus de refondation, il fallait essayer, coûte que coûte, de l’enliser.

Il y a eu à cette AG 101 personnes présentes, 82 votants, 57 groupes représentés, ce qui indique l’importance des procurations. À part l’AG de juin 2010 qui a constitué un pic, la participation à l’AG ces dernières années est relativement constante avec environ un groupe sur trois représentés (si on se réfère aux groupes ayant payé leur cotisation et non à ceux qui ont signé la chartre) : 85 votants en février 2010, 160 en juin 2010, 94 en 2011, 73 en 2012, 91 en 2013.

Il faut noter qu’il y avait un nombre significatif de nouveaux groupes ou de personnes qui participaient pour la première fois à l’AG. – je dirais à vue de nez plus d’une dizaine mais ce serait à confirmer. Ce qui implique donc qu’un nombre relativement important de groupes présents l’an dernier n’avaient pas fait le déplacement, anticipant une ambiance impossible. Les discussions préliminaires sur les listes avaient fait craindre cela. Je pense que les nouveaux groupes ont eu beaucoup de mal à se prononcer sur une refondation dont ils n’avaient pas suivi les étapes.

De plus il est vraisemblable, et je m’y attendais, que les membres du CA et les salariés aient contacté un maximum de groupes pour obtenir des pouvoirs et convaincre les personnes nouvelles de voter dans le « bon sens ». Le témoignage de Johnny Da Silva, même s’il mélange faits et opinions, est éclairant sur ce point (voir annexe 2). Je n’analyserai pas ici en détail le document affiché qui fait état des présents, votants et pouvoirs. Mais il apparaît que celui-ci a changé à plusieurs reprises, ce qui n’est pas un signe positif.

Première constatation : Signe de la faiblesse du mouvement anti-nucléaire français qui n’a pas réussi à peser, après Fukushima, sur les élections présidentielles ni sur les représentants des Verts au gouvernement, mais signe aussi de la vitalité du réseau « hors les murs », les groupes non présents à l’AG, les groupes qui n’adhérent plus au réseau, sont souvent des groupes militants très actifs. 82 votants pour un réseau de 290 groupes adhérents (si on prend les chiffres officiels), je ne compte pas ici les groupes ayant signé la charte, est un signe clair : l’AG, qui devrait être la représentation du réseau, n’est pas représentative. Si nous n’avions que ce critère, cela suffirait pour motiver une Refondation.

Deuxième constatation : Malgré l’engagement partial du CA dans un texte manipulateur (voir annexe 3) sur le scénario 1, c’est le scénario 2 qui propose l’expérimentation immédiate du processus de Refondation qui l’a emporté, même si, à la fin, un vote a séparé de très peu les deux derniers scénarios en présence, et si le vote final n’a accordé qu’un peu plus de 50% au scénario « vainqueur », ce qui était insuffisant pour sa mise en application.

Et, à la surprise de beaucoup – ce qui prouve que si « petits arrangements entre amis » il y a, ils ne prévoient pas tout, l’AG a largement voté une motion de réhabilitation des exclus, et cette motion est même arrivée dans le peloton de tête – en cinquième position sur 12 motions – des votes de priorisation.

Réhabilitation, ce terme symbolique avait été choisi par Tchernoblaye, le groupe de Stéphane Lhomme, dans leur motion. Celle-ci a été jugée dans un premier temps irrecevable et Tchernoblaye ne souhaitant pas reformuler sa motion, une quinzaine de groupes, réunis au petit matin, ont rédigé une motion alternative

Troisième constatation : Cette AG de refondation, a été préparée, en ce qui concerne l’aspect « Refondation » par la commission Refondation, et le CA, malgré des pressions multiples, a respecté dans ses grandes lignes ses vœux.

Nous verrons dans l’analyse du déroulé de cette AG que la Refondation n’a pas été le seul sujet de l’AG, mais que c’est bien la Refondation qui a été au centre de tous les débats, que ce soit le débat autour du règlement intérieur, celui autour des motions et des campagnes, ou encore la discussion autour des rapports moraux et financiers.

2 / Ordre du jour et Déroulé de l’AG

Je suivrai l’ordre du jour, avec les modifications qui ont, de fait pu y être apportées, malgré l’opposition des organisateurs et de la cellule juridique.

L’ordre du jour

L’AG a commencé par une remise en cause de l’ordre du jour. Plusieurs points auraient du être discutés. S’affrontaient deux points de vue :

- Le premier revendiquait la souveraineté de l’AG et proposait, comme cela se fait dans un grand nombre d’associations, de prendre un temps pour rediscuter l’ordre du jour, et en particulier l’ordre dans lequel les questions étaient proposées.

Un des aspects les plus importants était le déplacement du vote des scénarios de refondation au samedi soir, pour permettre une réflexion collective avant leur application éventuelle, comme un texte de SDN Lot, distribué aux participants, le demandait. Un autre concernait aussi le déplacement du vote du règlement intérieur après le vote de refondation.

- Le second s’appuyait sur l’application stricte du règlement intérieur qui énonce que le CA fixe l’ordre du jour. C’est ce second point de vue qui l’a emporté sans réel débat, l’AG n’a pu se prononcer et le CA, appuyé par la cellule juridique est passé en force.

A la tribune on trouvait, contrairement aux propositions du comité de médiation, dans son rapport de 2013, encore des salariés. Les débats se sont caractérisés par un flou dans l’attribution des tours de parole entretenant le doute sur leur direction en dehors de la volonté de « museler » certaines personnes. J’en profite pour répéter une position de principe : je ne remets pas en cause des personnes mais des fonctions.

Il y avait aussi un membre extérieur au CA et aux salariés – on ne nous a pas dit sur quels critères il avait été choisi – Jean-François Le Dizes, membre de SDN 38, le groupe de Philippe Lamberstens, qui a défendu le scénario 1. Il s’est distingué par un manque total de psychologie et une agressivité hors pair qui a eu des conséquences regrettables sur la tenue de cette AG même si la salle a réagi et que ses interventions ont été limitées. Cela montre l’importance d’organiser l’AG avec les groupes, en faisant appel aux groupes mais pour l’instant, le CA et les salariés en sont incapables. Il sera indispensable d’en tenir compte pour le congrès de refondation.

Le rapport moral

Le rapport moral a été suivi d’une discussion très critique soulignant notamment :

- le relatif échec de la chaîne humaine de mars

- la faculté du CA à s’attribuer des actions qui ont en fait été menés par les groupes. Ceux-ci constituent bien le réseau mais ils doivent assez souvent mener leur action à contre courant de la ligne politique mise en œuvre par le CA.

- En « sourdine », il y avait les conflits qui ont agité le CA tout au long de l’année et qui ne se réduisent pas à l’opposition de Marie-Hélène Mancinho à qui le CA a retiré puis redonné son porte -parolat puis retiré à nouveau ( ?)… Je ne ferai pas état des réflexions de Martial Château, lors de la réunion des groupes du dimanche matin, il pourra, s’il le juge utile, écrire un texte sur ce point, mais il a été fort éclairant sur les pressions internes et externes auxquelles le CA a du faire face, notamment de la part du coordinateur général, Philippe Brousse, qui continue, dans bien des cas, à agir comme un directeur du réseau, bien que le CA de 2010-2011 ait supprimé ce titre.

Le vote a, comme l’an dernier, montré le clivage du réseau entre ceux qui approuvaient le rapport – même si certains l’ont fait avec des réserves et pour ne pas mettre en danger l’activité du réseau – (40) et ceux qui se sont opposés ou abstenus (37).

Nous retrouverons ce clivage, mais dans l’autre sens, lors du vote sur les scénarios de la refondation.

Le rapport financier

Le rapport financier a été plus constructif car trésorier (membre du CA) et comptable (salarié) ont pris en compte en partie les critiques qui avaient été faites en amont au fonctionnement actuel du réseau et n’ont pas nié les dysfonctionnements :

- décalage entre le budget et l’AG ce qui entraîne une difficulté à financer les motions et campagnes dans la première partie de l’année,

- faible part accordée aux groupes qui, se censurant eux-mêmes ou censurés par le CA (je pense aux 4.500 euros qui n’ont pas été accordées à la motion d’AVENIR ou encore les difficultés rencontrées par Atomes crochus pour obtenir une subvention…) n’ont même pas pu utiliser toute cette somme.

Résultat : un vote un peu différent du rapport moral où les votes pour l’emportaient sur les oppositions (je n’ai pas le détail des votes).

Le règlement intérieur

Nous abordons la question du règlement intérieur après le repas, non sans que, une dernière fois, des participants à l’AG aient essayé de montrer que ces modifications, toutes proposées par le CA, devraient plutôt être discutées après la question de la Refondation, dont un des scénarios pose justement cette question du règlement intérieur.

La discussion autour de ce thème va effectivement durer un certain temps – je dirai deux heures approximativement, à vérifier –mais je pense que les questions liées au règlement intérieur auraient du être discutés dans le cadre de la Refondation.

Tout d’abord le CA propose de voter globalement ces amendements, certains anodins, d’autres consensuels, d’autres problématiques. L’AG, avec sagesse, s’y oppose dans sa grande majorité et nous sommes donc obligé de débattre et de voter ces amendements alinéa par alinéa.

Lourde perte de temps et on peut s’interroger sur une telle entreprise : le CA, qui n’avait prévu qu’une demie heure seulement pour ce point, pensait-il vraiment que l’AG allait accepter de voter en bloc, et dans ce cas, prendre le risque que tout soit refusé ? Ou bien cette discussion était elle initiée pour gagner du temps sur la discussion de la refondation et des motions ? Sans discuter en bloc tous les articles, il y en avait en tout cas certains qui visaient à limiter la capacité des groupes à proposer des motions. Ils ont été rejetés nettement par l’AG. Si on peut effectivement juger qu’il y a trop de motions proposées, on peut penser que ce n’est qu’un symptôme d’autres difficultés internes. Mais les motions devraient aussi permettre un vrai débat d’orientation, lequel n’a pas pu avoir lieu.

Pourquoi ? À cause notamment, de ce que plusieurs participants de l’AG ont désigné comme un manque d’orientation politique ou stratégique du réseau. Et ce, alors que le CA essaye de mettre en place, depuis quelques années – je me souviens que j’ai assisté à cette discussion lorsque j’étais membre du CA, en 2010-2011 – une commission stratégie. Il me semble que cette commission ne pourra effectivement fonctionner que lorsque la Refondation sera en marche.

Le Comité de médiation

Le comité de médiation a été mis en place pour essayer de remédier à la violence qui a accompagné la crise déclenchée lors de l’AG 2010. Cette violence était d’autant plus forte que, pendant plusieurs années, j’en ai été témoin lorsque j’étais au CA, une partie des protagonistes ne reconnaissait pas cet état de crise et avait tendance à considérer que cette violence n’émanait que d’un seul côté : les exclus. Les exclus ont toujours tort, c’est bien connu, et leur réhabilitation se fait souvent à titre posthume. Que l’AG 2014 ait clairement réhabilité les exclus est, à mon avis, une victoire pour le réseau mais je ne suis pas sûr que chacun en soit convaincu. Reste le plus difficile : faire entrer cette réhabilitation dans les faits, réussir le second acte du grand théâtre de la refondation.

J’ai discuté avec Agnès qui appartient à ce comité et nous pensons qu’un des débats que nous devrions avoir devrait porter sur la violence. L’apport de la pensée de Gandhi, méconnu en France est précieux et sans doute devrions nous poursuivre cette réflexion lors de la refondation et après. On peut regretter le départ de ce comité de Monique Guittenit qui, comme beaucoup d’autres militants engagés depuis longtemps dans la lutte anti-nucléaire, n’a plus envie de s’investir dans le réseau. C’est sur ces militants, sortis du réseau parce qu’ils le jugent inefficace et enfoncé dans des polémiques stériles, qu’il faudra s’appuyer pour une refondation, si nous voulons qu’elle réussisse.

La première difficulté pour une médiation, c’est qu’un médiateur ne doit pas prendre partie et en même temps qu’il doit s’opposer à la violence, d’où qu’elle vienne, tout en reconnaissant qu’il y a différents types de violence et que la violence la plus apparente n’est pas forcément celle que l’on voit.

La seconde difficulté est que nous sommes tous violents – ce que les psychanalystes appellent une violence originelle, contre coup de la violence qui nous atteint lorsque nous venons au monde – et que nous voyons beaucoup mieux la violence chez l’autre que en nous.

L’ennemi intérieur est aussi (d’abord ?) en nous-mêmes.

La Refondation

Ce compte rendu étant axé sur la refondation, je ne vais pas la commenter ici.

Je me contenterai de remarques générales sur le processus.

La lecture de la motion de refondation votée à 92% lors de l’AG de 2013, cadre de travail de la commission pendant toute l’année, aurait du figurer au début de la discussion, en effet, un nombre significatif de délégués ne la connaissaient pas. Je sais bien que certains, et en particulier Philippe Brousse, pensaient – étaient-ils ou non sincères, je laisserai de côté cette question – que l’AG n’avait pas voté la motion mais uniquement ses attendus. J’ai eu cette discussion avec Philippe Brousse après l’AG 2013 et je pense lui avoir démontré le contraire. Je donne un petit extrait de nos échanges et tiens à la disposition de ceux qui le souhaitent l’ensemble des mails.

Philippe Brousse affirme qu’en ce qui concerne la motion refondation « il fallait s’en tenir à la phrase de synthèse – et non aux arguments et considérants – qui a d’ailleurs été le seul élément présenté à Jean-Pierre Minne et Marie Frachisse pour une validation juridique au titre de sa recevabilité avant d’être soumis au vote de l’AG » (mail du 25/1/2013, envoyé à Michel Lablanquie, et dont j’ai reçu copie).

À quoi je répond notamment :

« Dans toutes les motions, on résume par une phrase de synthèse qui est soumise au vote mais c’est l’ensemble de la motion qui a été votée. La preuve évidente en est que dans la discussion avec Jean-Pierre et Marie, nous avons discuté d’un point précis : le « travail en consensus (pas de véto du Conseil d’Administration) » lequel ne figure pas dans la phrase de synthèse de la motion, et que j’ai d’ailleurs lu ensuite. Jean-Pierre m’a dit, je le cite de mémoire, « on va vérifier si ce n’est pas contraire au règlement et aux statuts, si on ne te dit rien, tu peux le lire », il pourra te confirmer lui-même… et je concluais mon mail par ces mots : « il serait du plus mauvais effet que cette motion qui est arrivée en tête de toutes les motions et est donc une priorité du réseau pour l’année à venir soit à nouveau censurée. »

Que l’on veuille à nouveau « oublier » cette motion montre bien que cette refondation, dans les termes où elle était posée par cette motion de compromis, ne plaisait ni au CA, du moins la majorité du CA qui ne voulait pas de changements, ni aux salariés. De la même manière que le CA a du admettre la nécessité de s’inscrire dans ce cadre, il a du admettre de lire cette motion, d’autant plus que le CA était loin d’être unanime sur ce point. C’est d’ailleurs Pierric Duflot, trésorier et membre du CA qui, à ma demande, a lu ce texte alors que Sophie Morel voulait que ce temps soit pris sur le temps de présentation du scénario 2 (annexe 4).

J’entre dans le détail de cette discussion de procédure parce qu’elle est révélatrice des difficultés que la Commission Refondation a eu à fonctionner et des difficultés que le processus de Refondation devra surmonter. Pour refonder, il faut une volonté politique. Je développerai plus loin quelles sont les conditions, à mon avis, pour que le deuxième acte de cette refondation, la mise en place du Congrès de la Refondation, soit réussi.

 

Motions et campagnes

C’est un des points les plus délicats des AG auxquelles j’ai assisté, et celle de 2014 n’a pas manqué à cette règle :

1) Il y a trop de motions et campagnes, pourquoi ? Les raisons sont multiples et la refondation en proposant des structures intermédiaires : assemblées régionales, bassins de luttes… notamment, devrait permettre d’y remédier en partie.

2) Trop de motions et campagnes implique que l’on ne puisse pas vraiment les discuter. Le système adopté dans cette AG était violent : une présentation en deux minutes de la motion, un avis pour, un avis contre et le vote renvoyé au lendemain matin. Pour certaines motions, on n’a même pas respecté cela, c’est le cas par exemple de la motion sur le référendum contre le Nucléaire militaire, j’ai bien levé la main mais le cerbère, appelons-le comme ça pour rester poli, lui qui ne l’a vraiment pas été, n’a pas daigné me la donner.

Lorsqu’il y avait une question de recevabilité – ce qui s’est produit pour la motion la plus importante, la réhabilitation – la discussion a pu être plus fournie, ce qui d’une certaine manière pouvait être un avantage car on pouvait poursuivre la discussion.

Il est vraiment dommage de discuter des motions dans ces conditions : soit on a une discussion de fond, soit on vote les motions avant l’AG, par un autre système ; mais ce qui s’est passé à cette AG ne fait qu’accentuer les tendances observées lors des précédentes AG : l’AG est un théâtre, elle n’est pas un lieu de débats. On notera aussi le vide politique de certaines motions et leur redondance, une raison de plus de la nécessité de discussions sur la stratégie. Doivent-elles avoir lieu pendant l’AG – alors il faut leur consacrer une journée entière et non les escamoter dans cette parodie de discussion « un pour, un contre ». On voit bien que l’AG telle qu’elle existe aujourd’hui, ne fonctionne plus et que la Refondation doit aussi repenser la place des AG. Les Assemblées Régionales devront permettre un débat de fond et de proximité, les AG Nationales pourront alors ne plus avoir lieu que tous les deux ans et remplir d’autres fonctions.

Il faut souligner cependant un très net progrès dans la discussion « démocratique », actée par les modifications du règlement intérieur : désormais, et c’était le cas à cette AG, le CA se borne à émettre un avis sur la recevabilité des motions, et c’est à l’AG de trancher, souverainement. Après discussion, toutes les motions ont été déclarées recevables bien que seules 13 sur 21 aient été adoptées (2 motions ayant fusionné).

Un dernier point important est celui de la priorisation. En effet, le CA et les salariés ne peuvent mettre en place toutes les motions au même niveau, il faut donc les prioriser.

Mais ce travail complexe est, pour l’instant, on ne peut plus rudimentaire. Mettre des pastilles derrière les motions que l’on souhaite prioriser me paraît un système plutôt pervers, notamment parce que, par exemple, un groupe disposant d’un pouvoir peut, d’un coup, ajouter six pastilles à une motion qu’il souhaite prioriser.

D’autre part, aujourd’hui, les moyens manquent cruellement pour mettre en place ces motions. Je ne reviendrai pas sur le détail des arguments, mais seuls 4% du budget (32.000 euros) sont disponibles pour le financement des motions et campagnes de l’an dernier (elles n’ont pas encore toutes été financées) et il en est de même cette année, cette somme étant de surcroit également destinée au soutien des groupes (voir annexe 5). Ce qui implique que certaines motions ou campagnes votées mais dont la priorisation est moyenne voir faible ne recevront aucun soutien.

Cette priorisation, dont il faut continuer à discuter le principe et non chercher à la faire passer en force, ne doit absolument pas empêcher la mise en œuvre d’une motion. S’il y avait un budget raisonnable, on pourrait financer toutes les motions, la priorisation n’interviendrait, à ce moment, que sur le montant des aides et, puisque cela semble être le point sensible, pour l’investissement que les salariés pourraient y apporter, mais bon nombre de motions peuvent être mises en œuvres sans soutien direct des salariés.

 

3 / Les composantes de l’AG

 

Le CA


Il n’est pas homogène même s’il vote souvent dans le même sens. Nous avons pu noter les présences positives de Pierric Duflos, lorsqu’il était à la tribune par exemple, il a lu la motion Refondation alors qu’il y avait pression pour ne pas la lire, ou de Martial Château, qui nous, a fait à 8 heures du matin dimanche, un exposé édifiant des pratiques en vigueur au CA qui recoupaient certaines des déclarations de Johnny Da Silva. Il serait bon qu’il ait le courage de mettre par écrit certaines de ses remarques. C’est aussi le cas d’Anne Messignac, mais elle n’a pas osé se mettre en opposition pendant l’AG.

Il y avait bien sûr Marie-Hélène Mancinho qui s’est courageusement opposée à ce qu’il faut bien appeler des manipulations tout au long de l’année. Certes Marie-Hélène ne garde pas toujours son calme, mais à l’AG elle a fait un gros effort en ce sens et à la commission Refondation – où le CA et les salariés n’étaient pas majoritaires, conformément au texte de la motion adoptée à l’AG 2013 – son attitude a été très positive, ce qui n’a pas toujours été le cas de Sophie Morel, membre du CA, plutôt agressive.

L’attitude la plus dommageable pour l’unité du mouvement a été la prise de position partiale sur l’activité de la commission Refondation (annexe 3). Je donne ci-dessous un extrait de la réponse de SDN Lot à ce document qui a du, malheureusement, influencer quelques votes.

« Ce document, loin d’apporter un éclairage, brouille les cartes et manifeste la volonté d’introduire chez les adhérents une peur des éventuelles conséquences d’un vote de refondation. Il s'oppose de plus sur plusieurs points au texte même de la motion de régionalisation votée par l'AG 2013.

Force nous est donc de dénoncer fermement certaines affirmations tendancieuses voire mensongères, ce qui renforce l’idée que dans sa composition et son mode actuel de désignation, le CA ne remplit pas son rôle, qu'il ne respecte pas les décisions démo-cratiques de l'assemblée générale,     qu’il doit être refondé, et que les modalités de sa désignation doivent être revues (voir annexe 3) ».

Les salariés

Ils ont joué un rôle essentiel en s’engageant à fond pour le scénario 1, et finalement, devant la montée du scénario 2 qui recueillait une majorité d’avis favorables, pour qu’aucun scénario ne soit adopté. Présents à la tribune, intervenant quand ils le souhaitaient et sans limitation de temps de parole, il aurait mieux valu qu’ils puissent intervenir comme les autres et soumis aux mêmes règles. Mais cela, bien sûr, n’est pas prévu dans les statuts.

Ils ont joué aussi la carte sensible en argumentant contre le point de vue pourtant compréhensible, défendu notamment par le scénario 2, que la part du budget consacré aux salariés grevait l’ensemble du budget et réduisait à la portion congrue la part destinée aux actions des groupes.

Certes il est vrai que les salariés interviennent auprès des groupes de manière souvent utile mais il est tout aussi vrai que l’action des salariés ne devrait pas être l’essentiel du soutien du réseau aux groupes.

Ils ont su utiliser la rhétorique dramatique avec une émotion dont je me demande parfois si elle n’est pas finement jouée plus que ressentie réellement. Ainsi Charlotte Mijeon s’est écriée – et qui pourrait lui donner tort ? – elle a à ce moment été applaudie par la majorité de l’assemblée : « Nous ne sommes pas une masse, (pour répondre à l’argument de l’augmentation incontrôlée de la masse salariale depuis trois ans alors même qu’elle avait atteint son point critique en 2010), nous sommes une force à votre service. »

Je dois dire que la réunion de juillet 2013 que les rédacteurs du scénario 2 ont organisée pour les rencontrer, a été difficile. Là aussi je donnerai un extrait du compte rendu que j’ai rédigé à chaud de cette réunion et envoyé aux participants :

« Force est de constater que les salariés ne veulent pas du processus de refondation, ou alors du bout des lèvres, que pour eux tout va très bien : cela fait des années que l’on parle de risque que le réseau éclate mais que celui-ci va très bien. On passe sous silence les événements de 2010, l’actuel procès mené contre le réseau par un ancien salarié et des anciens membres du CA et la désastreuse campagne de nos « partenaires » écologistes aux présidentielles qui a abouti, à nouveau, à un recul considérable du mouvement antinucléaire dans « l’écologie politique », et cela malgré les consultations menées, sous la direction notamment du coordinateur général du réseau, avec les partis (…)

- Il faut, dit Philippe, avant toute régionalisation, revoir les statuts.

- Michel répond que bien sûr il est prévu de revoir les statuts, et que l’AG de 2014 doit prévoir, comme en 2013, la tenue, si nécessaire, c’est-à-dire si le scénario refondation adopté le nécessite, d’une AG extraordinaire. Ce point figurait d’ailleurs dans la motion.

- L’état de santé du réseau pour Philippe est bon, ce qui importe, au delà des fantasmes c’est de réaliser une enquête… Charlotte parle même d’audit

- Michel répond qu'il a proposé une enquête sociologique en 2010 mais qu’à l’époque elle n’avait pas recueilli l’assentiment de tous mais qu’il ne s’agit pas de faire un questionnaire ou un audit… Il faut une vraie enquête en profondeur (…) et elle ne peut absolument pas être menée en préalable de la refondation, elle viendra enrichir celle-ci. Il importe d’aller ni trop vite ni trop lentement.

- Baptiste répond que l’on peut aller très vite quand les choses sont mûres mais elles ne sont pas mûres…

Suit alors une discussion sur le bien fondé ou non de la régionalisation, comme si une motion n’avait pas été votée sur ce point par 92% de l’AG… Les salariés n’ont semble-t-il pas vraiment lu la motion ou ne veulent pas en tenir compte. Au lieu de discuter des conséquences du scénario, on va passer l’essentiel du temps à en discuter le bien fondé, à avoir une discussion politique, certes intéressante mais pas du tout appropriée à cette étape du processus. » (voir annexe 6)

La cellule juridique

Elle est composée d’une salariée, Marie Frachisse, d’un membre du réseau, Jean-Pierre Minne, non membre du CA, le fait est assez rare pour être souligné et de l’avocat, Étienne Ambroselli, nouveau à ce poste. Son rôle a été positif même si elle devait essentiellement faire respecter un règlement inadapté, parce que complexe au point de n’être compréhensible et applicable que par un avocat. Et donc elle apparaissait souvent partagée entre deux « lois » : le règlement intérieur et les statuts et la souveraineté de l’AG qui peut l’autoriser à prendre des décisions contraires au règlement intérieur. Ces limites ont été atteintes lorsqu’elle a proposé qu'au troisième tour pour valider un des scénarios de refondation il soit nécessaire d’avoir 66% des voix, en s’appuyant sur les règles en vigueur pour d’autres points du règlement, notamment la charte. C’était mettre la barre beaucoup trop haut et handicaper le processus de refondation. Il est à craindre que cela correspondait à un « conseil restreint » du groupe organisateur comportant une partie du CA et quelques salariés et qu’il leur était difficile de s’en écarter.

Cependant, j’aurais moi-même souhaité une majorité nettement plus large que 50% et le résultat final de 53% était insuffisant pour que le scénario soit adopté. Le véritable combat s’est probablement joué à armes inégales avant l’AG (voir ci-dessus). J’ai eu le plaisir de pouvoir discuter avec l’avocat longuement et j’ai vu que Marie-Hélène le faisait aussi le lendemain, il ne me semble pas que l’attitude positive d’Etienne était un calcul mais qu’elle correspondait de sa part à une réelle sympathie.

Le comité de médiation

Il n’a pas été très présent lors de cette AG , c’est la cellule juridique qui était mise en avant.

Cela indique ses limites et la difficulté à pouvoir régler la question de la violence par une instance « interne ». En particulier les nombreux dérapages à la tribune – interruption violente de parole, engagements de discussion non tenus… – n’ont pu être recadrés et c’est la salle qui, parfois mais pas toujours, s’en est chargée.

Le groupe organisateur et le comité d’animation de l’AG

C’est ici, probablement, que réside le plus grand souci de cette AG, et c’est un reflet de l’état actuel de crise, le groupe organisateur, et le comité d’animation désigné par lui, n’est pas neutre et il n’a que très peu tenu compte des recommandations du comité de médiation :
« Il reste cependant tout à fait contestable que l'assemblée soit animée directement par des salarié/e-s qui de fait pilotent les débats et en décrédibilisent le caractère « démocratique ».

Dans la situation actuelle du Réseau, encore polluée par les conflits passés, où les salarié/e-s se sont impliqué/e-s de façon partisane par rapport aux conflits à l'intérieur du CA, il est très discutable qu'ils soient tant investis dans l'animation de l'AG qui est l'instance des bénévoles membres du Réseau, adhérents. Il faudrait se poser la question : pourquoi et comment en sommes-nous arrivé/e-s là ? (…). Plusieurs réflexions de l'animation (CA et salarié/e-s) ont stigmatisé un « débordement de l'ordre du jour (OdJ) ». En exprimant ce débordement, l'animation en fait un enjeu affectif et est sorti de son rôle de garant des débats.

C'est à l'animation de l'AG de prévoir une dose d'imprévu dans l' OdJ (20 % environ) : si celui-ci est déjà plein à 100 %, il est inévitable que les imprévus vont faire exploser le temps compté. » (voir annexe 7)

Les salariés, bien que moins présents que l’an dernier à la tribune, ont continué de l’être. Il n’y a eu aucune volonté du CA de se dessaisir du « contrôle » de cette AG. La seule personne extérieure au CA et aux salariés était un « aboyeur » qui aurait pu faire dégénérer le débat et qui l’a en tout cas perturbé et gêné. On ne peut s’empêcher de penser que tel était, malheureusement, l’objectif de certains des organisateurs et, notamment, d’empêcher, coûte que coûte, certaines « grandes gueules » qui constituent un contre pouvoir de parler.

Pour l’organisation du congrès de Refondation, une condition sine qua non de son organisation sera que le comité d’Organisation soit remis entre les mains des groupes.

Les groupes adhérents et participants

Le problème fondamental, nous l’avons vu, est celui de la faible participation des groupes aux AG. 82 votants, et 57 groupes présents, répétons-le, c’est très peu et cela signifie une grande défiance des groupes vis-à-vis du réseau et son organisation actuelle.

Avec la sortie de bon nombre de groupes militants historiques du réseau, c’est probablement le principal obstacle à une réussite de la Refondation. Un congrès de Refondation doit augmenter considérablement le nombre de groupes participants et devra s’appuyer sur les groupes qui ont été membres du réseau mais qui ne le sont plus. Nous verrons plus en détail comment il est possible de définir les conditions d’un congrès de Refondation réussi.

Le processus de Refondation est aujourd’hui menacé par les conservateurs d’un côté, qui pensent que le réseau fonctionne bien, que depuis le début de sa création le réseau est traversé par différentes tendances et que « le travail de notre équipe salariée est utile à tous les membres, nécessaire à notre lutte » , de l’autre par ceux qui pensent que le réseau est moribond, qu’il n’est pas réformable et qu’il convient de tirer un trait sur cette structure et de le laisser dépérir et mourir.

À l’AG nous avions une représentation des groupes qui, sans reprendre complètement ce schéma, s’organisait cependant en relation avec ce clivage.

On pouvait distinguer globalement 4 ensembles de groupes :
1)    les nouveaux membres, présents pour la première fois à l’AG
2)    les groupes, et en particulier une partie du CA, qui pensaient qu’il fallait ne rien changer
3)    ceux qui pensaient que des changements étaient possibles
4)    ceux qui pensaient que le réseau était moribond et n’avaient aucun espoir sur la Refondation

Ces divisions regroupent en partie des clivages politiques qu’une analyse plus fine permettrait de commencer à déterminer, ce que je n’ai ni le temps ni les moyens de faire ici. En particulier, il faudrait analyser les différents courants des Verts, les différentes composantes de la gauche anticapitaliste et la mouvance anarchiste qui elle aussi n’est pas homogène.

La difficulté pour structurer le réseau est bien de réussir à faire travailler ensemble cette mosaïque de tendances. Ce qui peut expliquer aussi la ligne actuelle, floue et peu représentative, du réseau et sa tendance à se constituer en petite entreprise type ONG.

1) Les nouveaux membres

Dans l’ensemble ces nouveaux groupes appartenaient à deux ensembles:

Soit ils avaient du mal à comprendre ce qui se passait et étaient plutôt effrayés par la violence de certaines oppositions. Cette opinion a été assez bien exprimée par la déclaration d’un binôme candidat au CA qui a décidé de se retirer. Je ne peux que donner raison à ces groupes car il est extrêmement difficile de comprendre, si on ne fait pas l’effort de se plonger dans l’histoire du réseau, pourquoi et comment en sommes-nous arrivé/e-s là, pour reprendre l’expression du Comité de médiation. J’étais moi-même dans cet état lorsque j’ai assisté à ma première AG en 2010, et c’est ce qui a motivé ma décision d’entrer au CA pour en savoir plus. C’est aussi ce qui me motive, en ce moment, à rédiger ces réflexions.

Soit ils avaient été appelés par les salariés et une partie du CA pour venir « sauver le réseau » et leur vote était acquis au scénario 1. La position la plus pure des ces groupes était l’abstention : ne voter pour aucun des scénarios.

2) Ceux qui pensaient qu’il ne fallait rien changer

Une deuxième position consistait à voter pour le scénario 1 pour faire barrage au scénario 2. Force est de constater que cette seconde position a réussi à se faire entendre d’une partie des hésitants qui ont voté contre le scénario 2 au troisième tour.

3) Ceux qui pensaient que des changements étaient possibles

Cette opposition était représentée par les tenants des scénarios 2 et 3 et une petite partie du scénario 1. Ce qui a permis à la position de refondation de l’emporter, mais pas suffisamment pour être mis en œuvre. Elle a cependant débouché sur un vote unanime de l’organisation rapide d’un congrès de Refondation, grâce, notamment, au ralliement d’une partie des tenants de la seconde position qui voyant qu’ils ne pouvaient s’opposer à ce processus, ont préféré l’accompagner, comme ils avaient accompagné le vote de la motion refondation à l’AG 2013.

Le scénario 3 a obtenu 11 voix (11 pour, 55 contre et 14 abstentions), ceux qui ont voté pour ce scénario ont dans leur grande majorité soutenu aussi le scénario 2. Ce faible résultat est dû, à mon avis, à deux raisons :

- Le scénario 3 voulait aller trop vite et mettre en œuvre immédiatement une réforme approfondie des statuts. Même si, dans la discussion ils ont accepté de remettre en cause le caractère irréversible de cette réforme, il fallait tout de même voter pour une refonte des statuts avant.

- Le scénario 3 était porté, notamment, par Marie-Hélène et celle-ci avait été le siège d’une campagne de dénigrement systématique du CA.

Pour l’avoir vécu moi-même et indépendamment des critiques que l’on peut faire au comportement de Marie-Hélène dans certaines occasions, il est très difficile dans le fonctionnement actuel du CA et face à des salariés « omniprésents » d’arriver à faire entendre une position minoritaire.

Petite parenthèse sur le fonctionnement du CA et la manière dont je l’ai vécu

Je rappelle que le coordinateur et le plus souvent d’autres salariés sont présents aux réunions du CA et qu’il faut demander des réunions du CA seul pour retrouver une indépendance. A mon avis, c’est la règle inverse qui devrait prévaloir. Lorsque j’étais au CA, nous arrivions à obtenir des temps de réunion CA seuls, mais c’était à chaque fois au prix de discussions et de luttes. De plus, j’ai eu le sentiment d’être presque toujours dans une position très minoritaire, avec mon ami Michel Lablanquie, qui était titulaire de notre binôme.

Nous avions mis en place un fonctionnement de prise de décision par consensus au sein du CA, mais dès que nous n'avons relâché notre vigilance constante, le 'vote majoritaire', cher notamment à Philippe Brousse, est réapparu comme cheval au galop.

Nous avons pu, certaines fois, renverser la vapeur en nous appuyant sur les différences au sein du CA et une volonté de n’entrer à aucun prix dans un conflit ouvert et des propos « violents » mais cela a été épuisant et il fallait pour cela mobiliser une énergie que je n’ai absolument pas pu reconduire une année de plus. Michel L a duré quelques mois de plus mais a aussi jeté l’éponge.

Malheureusement, peu de personnes portant ce courant de renouvellement – alors qu’il est important à l’intérieur du réseau – sont entrées au CA …

Les journées d’étude et Atomes crochus

De notre présence au CA, nous avons réussi, néanmoins, à « arracher » l’organisation de journées d’étude, qui ont notamment donné lieu à deux pièces de théâtre qui restent pour moi des expériences inoubliables et novatrices, et la réalisation d’un nouveau Journal Atomes crochus, qu’il nous a fallu maintenir à chaque fois de haute lutte, en résistant aux tentatives de déstabilisation et à ce qu’il faut bien appeler « la mauvaise volonté des salariés ».

Malgré cela, Atomes crochus est reconnu par presque tous comme un excellent journal qui doit être poursuivi. Dans les conditions difficiles de cette AG, où d’autres sujets étaient, à juste titre prioritaires, la proposition de campagne d’Atomes crochus, présentée par SDN Lot, est encore dans le peloton de tête des campagnes et motions (au sixième rang sur douze).

Le prochain numéro d’Atomes crochus aura donc lieu sur l’inventaire des bassins de lutte et, sur proposition de Michel Guérite, membre du quatrième groupe (ceux qui pensent que le réseau est moribond) il s’attachera aussi à faire l’inventaire des lieux où il n’y a pas encore de lutte. Il pourra aussi contribuer à préparer le congrès de Refondation.

J’ajoute que je proposerai au comité de rédaction d’Atomes crochus, qui reste à organiser, de nous focaliser aussi en partie sur les groupes qui sont sortis du réseau, et notamment les exclus, reprenant notamment la priorisation élevée de la motion de réhabilitation – arrivée devant Atomes crochus, au cinquième rang.

4) Ceux qui pensent que le réseau est moribond

Les tenants du groupe 4 étaient aussi présents en particulier avec deux personnes qui ont joué un rôle positif dans cette AG en apportant, à la fois du point de vue théâtral – notamment leur disposition dans l’espace – et du point de vue des idées. Il s’agit de Isabelle Taitt, une des membres du CA, violemment exclu lors de l’AG de février 2010 qui a inauguré la crise du réseau, et Michel Guerite, qui a annoncé la création d’un nouveau réseau pour renforcer la lutte antinucléaire, intitulé SVN : Sortons Vite du Nucléaire, qui est aujourd'hui en phase d'auto-construction. Ce groupe a eu le mérite de défendre des positions radicales et j’aurai, à titre personnel, souhaité qu’il soit représenté par beaucoup plus de groupes. Il est vrai que certains membres radicaux avaient souhaité venir renforcer le processus de refondation et se sont investis, notamment, dans la rédaction de nouveaux statuts, à partir desquels le congrès de refondation pourra travailler.

Je poursuivrai la description des composantes du mouvement en exposant le point de vue des exclus et notamment des membres du CA de 2009 et début 2010, ainsi que celui de Stéphane Lhomme, puisque ceux-ci ont continué à s’exprimer sur l’AG et que, en ce qui me concerne, j’ai continué à avoir des contacts suivis et amicaux avec certains d’entre eux, refusant la diabolisation dont j’avais pu constater les effets négatifs lors de mon passage au CA.

En préliminaire on notera que le groupe de Stéphane Lhomme, Tchernoblaye, était bien présent à l’AG et jouait le jeu de la Refondation.

Stéphane Lhomme, qui a été exclu contre les engagements pris lors de l’AG de février, ce qui a engendré à l’intérieur du réseau une violence extrême que malheureusement personne n’a été capable d’endiguer, a depuis un peu plus d’un an, repris ses activités militantes en fondant l’Observatoire du Nucléaire. Cette association compte un seul salarié et s’efforce de continuer le travail d’information que Stéphane menait au sein du réseau.

J’ai toujours regretté les excès de langage de Stéphane mais j’ai toujours affirmé que la violence est des deux côtés, que le coup de force est venu d’abord de la part des salariés et en particulier de Philippe Brousse, et qu’il s’est poursuivi, notamment, avec la volonté farouche de décréter qu’il n’y a jamais eu de crise et que le processus de février 2010 était légal.

Rappelons ce que m’a déclaré Philippe lorsque j’ai rédigé une petite brochure intitulée Réflexions sur la crise du réseau et son issue (annexe 1) :
« Si j’ai pris la décision de licencier Stéphane, c’est parce que je n’avais pas d’autre choix. C’était cela ou laisser exploser le réseau, le CA aurait du prendre cette décision mais il n’en n’était pas capable »

Et la réponse de Stéphane :
« Je n’ai commencé à être méchant, à envoyer des mail insultants que après que l’irréparable ai été commis. La plupart des salariés n’ont pas à se plaindre de moi avant mon licenciement. Je veux être réhabilité, je ne veux plus retravailler avec le réseau mais je veux être réhabilité. »

À l’époque j’avais proposé une enquête sociologique sur la crise du réseau mais cette proposition a été rejetée avec l’argument notamment qu’il n’y avait pas de crise.

J’ai donc écrit ce petit texte sur la crise du réseau et son issue que j’ai appelé « une sorte de prolégomènes à une enquête sociologique future » pour justement dépassionner le débat. Prolégomènes veut dire Introduction, je reprenais ici une expression de Kant.

Notons d’ailleurs que lors de la réunion de juillet 2013 entre les salariés et les membres du scénario 2, cette question de l’enquête est revenue sur le tapis car le réseau et ses groupes est encore très mal connu de ses membres et notamment de ses salariés et du CA. Philippe Brousse m’a relancé pour créer une commission pour envisager cette enquête mais je n’ai ni le temps, ni l’envie, de m’investir dans de nouvelles commissions. Je lui ai répondu que la seule solution me paraissait que le CA soit porteur d’une motion demandant une telle enquête et que celle-ci soit votée en AG. Le CA, qui a déjà du mal à se réunir normalement, n’a pu bien sur prendre une telle décision.

Comme cette « ethnographie » de l’AG se situe dans la continuité de ce texte, je repartirai de la manière dont j’y posais les problèmes avant d’aborder la dernière partie de ce compte rendu : les propositions pour l’avenir.

« Il y a une crise politique qui est fondamentale… une crise psychologique qui renvoie à une crise idéologique, une crise morale, les aspects éthiques sont essentiels et on ne peut pas faire comme si ‘oui, c’est une connerie, on a porté plainte.’ »
Prendre la justice de l’État français, pro-nucléaire et capitaliste, comme arbitre des contradictions du réseau est une énorme connerie, cette décision a été prise d’abord par les membres du CA d’après février 2010 sur proposition de Philippe Brousse, appuyé par les salariés.

La crise politique est fondamentale, de ne pas l’avoir vu, ou de l’avoir caché, ce qui est pire, a entrainé les désastreuses élections de 2012, la débâcle du mouvement écologique et la honteuse collaboration avec un gouvernement qui n’a plus de gauche que le nom et dont l’écologie est une marque de réclame aussi mensongère qu’un slogan publicitaire.

Rappelons, pour ceux qui ne le savent pas, et malheureusement, un bon nombre de ceux qui ont voté pour le rapport moral du CA lors de l’AG 2014 ne le savaient pas, les prémices politiques de cette crise, telles que les exposait Pierre Péguin, un des membres du CA « déposé » par l’AG de février 2010 :

« Les relations tumultueuses et potentiellement conflictuelles entre Stéphane Lhomme et le Directeur Philippe Brousse d’une part, et certains salariés dits « politiques » (Xavier Rabilloud, Charlotte Mijeon, Nadège Morel) et administrateurs d’autre part, ont été exacerbées par la question de la signature par le Réseau de « l’ultimatum climatique », ultimatum porté par de grandes ONG qui avaient pris part au Grenelle. Il s’agissait dans ce texte de demander au Président de la République d’être le fer de lance de la lutte contre les émissions de GES sans mentionner que le nucléaire n’est pas la solution à l’effet de serre ».

Citons, parmi d’autres documents, cet extrait de lettre de Philippe Brousse : « La déclaration que vous avez votée dimanche 3 janvier constitue une atteinte directe à mes prérogatives de Directeur des Ressources Humaines et constitue une remise en cause illégale de ma fonction de Directeur du Réseau. En outre, cette position contredit mon autorité hiérarchique à l’égard de Stéphane Lhomme qui se trouve, de fait, placé dans une situation extraordinaire à l’égard des autres salariés […] En conséquence, je vous informe que j'envisage de solliciter du Conseil de Prud’hommes la résiliation judiciaire de mon contrat de travail aux torts exclusifs du Réseau " Sortir du nucléaire" »

On voit bien, par cet exemple, le rapport de force engagé qui va conduire à une victoire des salariés et à la remise en cause de l’autorité politique du CA.

Or, déjà à l’époque où Stéphane Lhomme était porte parole du réseau, celui-ci, avait franchi un point de rupture où les salariés représentaient une force plus importante, à la fois décisionnelle et intellectuelle que le CA.

Les recrutements de nouveaux salariés, qui se sont accélérés depuis 2010 mettant en danger le budget du réseau et le faisant dépendre pour son action pour l’essentiel de la force de travail des salariés, ont aggravé cette situation.

Je rappelle qu’il ne s’agit pas de remettre en cause le travail des salariés, mais de la place excessive qu’ils ont pris et qui s’est encore considérablement accrue depuis la crise de 2010, dans l’organisation du réseau et de son fonctionnement.

Je concluais mon texte en ces termes : si la crise psychologique ne peut être résolue, la crise morale peut être résolue, c’est le rôle de la Refondation, sur des principes fermes.

Quant à la crise idéologique, si elle consiste « à trouver une articulation entre position anti-capitaliste et position écologique », force est de constater que, avec la collaboration des écologistes à un gouvernement pro-nucléaire, nous nous sommes enfoncés dans cette crise et que le seul candidat ayant obtenu un score important qui a essayé d’en sortir est Jean-Luc Mélanchon, au sein de l’alliance PCF – parti pourtant pro-nucléaire, – et parti de gauche. Ce n’est pas un hasard si ce candidat a vu l’essentiel des voix écologiques converger sur son nom.

4 / Les résultats de l’AG

Le vote de la motion de réhabilitation des membres du CA et de Stéphane Lhomme est un pas important vers la résolution de la crise morale mais pour cela, il faudrait que les parties en présence acceptent ce pas. Or, pour prendre le cas d’une des voix importantes qui se sont exprimées depuis l’AG, Stéphane Lhomme pense que la motion adoptée est insuffisante, je le cite : « Ce n'est pas la motion de Tchernoblaye qui a été adoptée. Cette motion condamnait (à juste titre) la machination lors de l'AG 2010 et les évictions (administrateurs évincés, salarié licencié). Or la motion votée en AG ne dit rien de tout ça : elle dit juste que les exclus de 2010 doivent être réhabilités. Tout reste donc à faire... » Je pense que « tout » ne reste pas à faire mais qu’un premier pas important a été accompli et qu’il faut le reconnaître. Puis, et là je peux être en accord avec Stéphane Lhomme, il faut une véritable refondation et de ce point de vue « tout reste à faire », nous sommes pour reprendre l’expression d’un des participants, à la fin de cette AG « au milieu du gué ».

Si le scénario 2 a été adopté par une majorité des participants, cette majorité n’a pas été assez nette (53%) pour qu’il soit appliqué,
si, dans la foulée, l’AG a acté, à mains levées, la proposition de compromis du représentant de Sud-Rail – qui s’est par ailleurs posé, puisqu’il était le seul syndicat présent, en défenseur des salariés – d’organiser rapidement un grand congrès de la Refondation,
si le CA a repris cette proposition, il reste à organiser ce congrès et cette organisation ne peut pas se concevoir comme une simple AG, c’est-à-dire sous la responsabilité du CA et des salariés.

5 / Le grand théâtre de la Refondation, acte 2 : organiser un vrai congrès de Refondation

Je vais donc proposer un cadre dans lequel ce congrès peut avoir lieu pour éviter que le travail de la commission refondation soit perdu et que les militants aient l’impression que, encore une fois, la volonté de refondation, clairement exprimée dans l’AG de 2013 et de 2014, soit enterrée. Ce cadre peut et doit être amendé par toutes les parties en présence. Il faut cependant ne pas traîner car « si il faut donner du temps au temps », n’oublions pas que « il est toujours trop tôt ou trop tard pour agir ».

1 - La Refondation doit être engagée par toutes les composantes du réseau Sortir du nucléaire à savoir aussi bien les groupes qui sont sortis du réseau que ceux qui y sont restés et ceux qui y sont rentrés récemment. Pour cela, le critère de participation à ce congrès doit être le plus large possible : doivent pouvoir participer tous les groupes qui, à un moment donné de leur histoire, ont été membres du réseau  – adhérents ou signataires de la Charte.

2 - Le congrès de Refondation doit être organisé par les groupes, le CA et les salariés doivent aider à ce processus mais ne doivent pas, comme ils le sont pour l’AG, être la force principale d’organisation. Ils peuvent, dans des conditions qui restent à définir, co-organiser avec les groupes, dans leur ensemble, c’est-à-dire y compris les groupes sortis du réseau. Le congrès est là pour redéfinir une orientation, repenser complètement les statuts et le règlement intérieur et ne doit donc en aucun cas être soumis aux statuts et au règlement existants.

3 - Ce congrès doit être organisé rapidement : cet été me paraît une date incontournable, si nous voulons qu’ensuite, une AGE puisse, à partir des travaux du congrès, prendre les décisions nécessaires.

4 - Des moyens importants doivent être affectés à l’organisation de ce congrès et ce, en acceptant de modifier le budget prévisionnel qui, cela a été reconnu par tous, n’est qu’un prévisionnel et peut donc largement être modifié. On peut, notamment, décider que le budget attribué à la revue soit largement réduit et qu’une revue très allégée soit distribuée lors du prochain numéro et consacrée essentiellement à annoncer le processus de Refondation, ou encore qu’un numéro spécial d’Atomes crochus soit consacré à la préparation de ce congrès en donnant la parole à toutes les composantes.

5 - Un nombre significatif de groupes, et c’est le point le plus délicat, doit préparer ce congrès de Refondation. Une réunion des représentants des groupes qui souhaitent participer à ce congrès doit avoir lieu très rapidement et proposer un agenda et un ordre du jour qui doit être ensuite largement discuté dans les groupes. Cette réunion peut, et doit s’appuyer, dans un premier temps, sur les groupes qui ont voté les scénario 2 et 3 et qui représentent la majorité de l’AG 2014 ainsi que sur les groupes qui ont voté la motion de réhabilitation.

Déjà, un texte proposé par les responsables de deux groupes (Didier Latorre SDN 34 – Dominique Malvaud SDN 26/07) appelle à l’organisation de ce congrès, j’en donne ici un extrait : « Nous vous proposons d’organiser le débat dans vos groupes comme nous allons le faire à SDN 26/07 et SDN 34 et que d’ici fin mars nous soyons en mesure de publier un texte de l’ensemble de nos groupes afin d’appuyer la proposition de SUD Rail d’organiser un congrès du réseau au cours de l’année (voir annexe 8)

6 - Pour que ce congrès se déroule le mieux possible il ne faut pas que des décisions puissent y être prises mais le congrès doit être avant tout une instance de propositions. Il doit pouvoir travailler, par petits groupes et en plénière, sur tous les sujets que les groupes jugeront bon d’aborder. Et en particulier, je cite dans le désordre et sans volonté d’exhaustivité : la suite de la discussion sur la crise du réseau et son issue, la question du référendum – à quel niveau, sur quelles questions, comment le demander –, l’orientation politique et stratégique du réseau, la répartition du budget, les moyens accordés aux groupes, la mise en place de la régionalisation en s’appuyant 1) sur le scénario 2, majoritaire à l’AG 2014, 2) en tenant compte du scénario 1 qui est arrivé en second, 3) en intégrant les propositions de refonte des statuts du Scénario 3, arrivé en troisième position et qui a souffert d’un manque de temps pour discuter ses propositions.

J’ai conscience que réussir la Refondation va être difficile mais je ne veux pas décider de sortir du processus avant de l’avoir mené à son terme car je pense que la décision de sortir du réseau et de construire autre chose, pour qu’elle soit constructive, doit être menée après avoir essayé au maximum de conserver cet outil qu’est le réseau.

 

Michel Boccara, SDN Lot et Bien Profond, janvier 2014


 

Liste des annexes


annexe 1 / Réflexions sur la crise du réseau et son issue :  Journées d'études.  


annexe 2 / Témoignage 1 
et Témoignage 2 de Johnny Da Silva

annexe 3 / Mise au point de SDN Lot sur le texte du CA à propos de la commission de refondation :

Document 7 bis du CA, « Éclairages du Conseil d’administration sur les propositions de régionalisation de la Commission refondation » 


annexe 4 / Texte de la motion sur la Refondation votée à l’AG 2013 :

annexe 5 / Texte sur le budget des motions et campagnes.

annexe 6 / Compte rendu de la réunion entre Michel B et Didier L (membres du groupe d’élaboration du scénario 2 de la commission de Refondation) et les salariés :

annexe 7 / Observations du Comité de médiation sur l’AG de Reims (2013) 

annexe 8 / Texte de Dominique Malvaud et Didier Latorre 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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