Comment l'ANDRA tisse sa toile - Texte intégral

 

Comment l’Andra tisse sa toile autour des élus du Soulainois

Dîner au Sénat, visite de grandes caves, invitations à la chasse, à des concerts, les élus du Soulainois sont choyés par l’Andra.

Côté face, les liens entre l’Andra et les élus sont toujours sains, nets. Chacun garde la distance nécessaire pour éviter le mélange des genres. Côté pile, la frontière entre les sphères politique et in dustrielle est bien plus poreuse que l’argile du sous-sol soulainois.
Établissement public industriel et commercial chargé de la gestion de l’ensemble des déchets radioactifs en France, l’Andra a pris l’habitude de prendre soin des élus locaux. Régulièrement, l’agence leur adresse des invitations pour assister aux matches de l’Estac, se rendre sur le champ de courses de Montier-en-Der, écouter des concerts à Clairvaux ou encore à une rencontre an- nuelle à Paris. Dans des conditions très intéressantes.

Hôtel 4 étoiles
En 2014, cette rencontre s’est déroulée les 25 et 26 novembre à l’occasion du Salon des maires. Au programme, départ en bus depuis le centre de stockage de l’Aube. Visite des Crayères des Montquartiers à Issy-les-Moulineaux. Creusé au dé- but XIXe siècle, ce lieu « majestueux » a accueilli les élus pour un déjeuner suivi d’une visite. En fin d’après-midi, les invités ont décou- vert le Sénat, puis dîné au salon des huissiers du Palais du Luxembourg. À la fin de la journée, ils ont été ramenés à l’hôtel Pullman Bercy 4 étoiles. Le lendemain, direction le Salon des maires avec, au passage, un temps de présentation de l’actualité et des principaux projets de l’Andra. Tous frais payés. En clair, du lobbying.


Philippe Dallemagne, directeur de chasse L’Andra invite également chaque
année les maires ainsi qu’un de leurs administrés à participer à une journée de chasse postée. Les élus locaux ne sont pas dépaysés. Ils y retrouvent leur chef de file, Philippe Dallemagne, président de la communauté de communes du Soulainois, qui est l’adjudicataire et le directeur de cette chasse qui se déroule en partie sur les terres de l’Andra. De nombreux chefs d’entreprise sont également invités à tirer des sangliers et autres cervidés, tout comme des personnalités du monde civil. Le directeur des sites de l’Agence dans l’Aube, Patrice Torres, est présent à une dizaine de reprises lors de la saison de chasse.


Tisser des liens
Partager une passion commune ou un bon repas permet évidemment de nouer des liens, tisser un réseau. Et pas seulement avec les maires. « Je ne suis pas trop foot, sou- vent je donne les places à des conseillers. De même pour la chasse, c’est un adjoint qui s’y rend parfois », indique Christian Debuf, maire de Colombé-la-Fosse. Sans pour autant que cela relève de la conni- vence, assurent les élus contactés. « On répond à ces invitations par politesse», se défend l’un d’eux. Et «pas à toutes», évoque un autre maire. «Au fil des années, nous avons noué des relations de confiance, mais cela ne nous empêche pas d’être vigilants», assure Michèle Huet, maire de La Rothière.

À une dizaine de reprises, chaque année, le président de la communauté de communes et le directeur des centres de l’Andra chassent ensemble.

Interrogé à ce sujet, Philippe Dal- lemagne se défend : « Je vais tous les ans au Salon des maires, que je sois invité ou non par l’Andra. Je ne sais pas si (ces invitations, NDLR), c’est bien ou pas bien. Ce n’est pas parce qu’on est invité que l’on n’a pas le droit de s’exprimer. Moi, je pourrai dire oui à un futur projet de l’Andra si j’ai la garantie d’une sécurité, mais je ne dirai pas oui parce qu’on m’a em- mené une nuit à l’hôtel, au Salon des maires ou je ne sais où. Cela ne remet pas en cause mon indépendance d’élu. Cela n’a rien à voir. »

Quant à la chasse : « Je ne suis pas adjudicataire uniquement de l’Andra. Je n’y vais pas parce que c’est l’Andra qui paie, j’y vais parce que cela m’intéresse. À une autre époque, l’Andra invitait les élus au Stade de l’Aube. Mais il n’y a pas que l’Andra qui fait ça. Il y a aussi des entreprises du BTP ou autres, qui font bénéficier les élus de leurs places. Ce n’est pas pour autant qu’on va systématique- ment leur donner des marchés. »
À l’image de Philippe Dallemagne, très peu d’élus s’étonnent encore de ces petites faveurs deve- nues habituelles, plus de vingt ans après l’implantation du premier centre de stockage.
Image positive
Ces diverses invitations ont permis de créer des liens étroits et contribué à conférer à l’Andra une aura positive chez les élus qui, pour certains, manifestaient à l’époque contre l’implantation du premier centre de stockage de Soulaines.
Si l’Andra dit ne rien attendre en retour de ces diverses invitations, elle a déjà obtenu beaucoup: l’oreille de ceux qui sont susceptibles de disposer d’un pouvoir de décision sur ses activités.


DOSSIER : BENOÎT SOILLY, MATHIEU GIBET

"C’est notre rôle de créer des temps de rencontres"

Le directeur des centres de stockage de déchets radioactifs dans l’Aube détaille les coulisses et ob jectifs du travail de relations publiques mené par l’Andra dans l’Aube.

▶ Quel est l’objectif de ces invitations lancées aux élus ? Les relations avec les élus mais aussi les chefs d’entreprise, les responsables d’association, le monde viticole et agricole sont importantes pour nous. On se doit de bien connaître les différents acteurs et de leur permettre de bien nous connaître. Cela passe par des rencontres formelles et informelles.

▶ Dans quel cadre se font ces invitations ? L’Andra est partenaire d’une cin- quantaine d’événements dans l’an- née, que ce soit par une aide financière ou matérielle. Nous passons des conventions avec les organisateurs et, en contrepartie de notre soutien, nous demandons parfois à bénéficier d’invitations. Celles-ci sont envoyées à des élus, des chefs d’entreprise...
En ce qui concerne la chasse, l’Andra possède un bois d’une centaine d’hectares à La Chaise. En contre- partie de sa mise à disposition à titre gracieux à l’adjudicataire, Philippe Dallemagne, l’Andra bé- néficie d’invitations à une dizaine de battues. C’est pour nous un outil de relations publiques qui per- met de toucher une large partie des acteurs du territoire.

▶ Vous invitez donc des personnes qui un jour auront un pouvoir de décision sur vos activités ? Pour certaines effectivement, si elles sont encore élues. Mais nous n’invitons pas qu’elles et nous or-

LES REPÈRES

Deux centres de l’Andra

▶Le centre de stockage de l'Aube (CSA) pour les déchets de faible et moyenne activité à vie courte est en exploitation depuis janvier 1992 sur le territoire des communes de Soulaines-Dhuys, Épothémont et Ville-aux-Bois.

La taxe de stockage

▶Le centre industriel de regroupement, d'entreposage et de stockage de déchets de très faible activité est implanté à Morvilliers et à La Chaise depuis 2003.

RECHERCHE DE SITE POUR UN FUTUR CENTRE DE STOCKAGE

Un « geste » à un million d’euros

En 2014, les producteurs de déchets radioactifs (EDF, Areva) ont versé un million d’euros à l’intercommunalité de Soulaines après un vote des élus autorisant des investigations géologiques dans le canton.

Un million d’euros. C’est, ni plus ni moins, la somme qu’a perçue la communauté de communes du Soulainois (CCS) en 2014. L’annonce en a été faite lors d’un précédent conseil communautaire.
Ce geste, effectué par les producteurs de déchets radioactifs (Areva, EDF, etc.), répond au vote favorable des élus locaux qui ont autorisé l’Andra à engager des investigations géologiques dans leur canton.
Ces analyses souterraines ont été effectuées dans le cadre de la recherche d’un site susceptible d’ac- cueillir un centre de stockage de déchets radioactifs de faible activité à vie longue (FA-VL).
Soulaines en pole position
Seul territoire qui connaît des investigations en France, le Soulainois part favori pour accueillir ce nouveau centre. Il serait le troisième du canton après le CSA et le Cires...
Négocié par les élus locaux, le million d’euros versé par les producteurs de déchets ne représenterait que 10 % de la somme totale versée par les producteurs en cas d’implantation du centre à Soulaines. Cet argent doit permettre de « subventionner » les projets locaux menés par la communauté de communes qui compte 2 650 habitants. Et ce, alors que la plus petite intercommunalité du département bénéficie déjà depuis des années des retombées fis- cales liées à la présence de l’Andra.

"Pas un cadeau"

Si les élus ont autorisé les investigations géologiques, ils n’ont pas encore eu à se prononcer sur l’implan- tation d’un troisième centre sur leur territoire.
Ce qui pourrait être le cas dans les années à venir. Le fait de recevoir de l’argent des producteurs de déchets avant même d’avoir effectué ce vote ne remet-il pas en cause l’indépendance des élus? Seront-ils en mesure de dire « non » à l’implantation du centre après avoir utilisé la manne financière fournie par les producteurs de déchets ?
« Cet argent ne remet absolument pas en cause notre décision finale concernant l’implantation d’un centre de stockage. Pour le moment, nous avons uniquement délibéré en faveur des investigations géologiques. Cet argent ailleurs adjudicataire de chasse dans un bois appartenant en partie à l’Andra avec qui il entretient des liens étroits (lire page précédente).

"Geste cohérent"
Interrogé, Patrice Torres, directeur des centres industriels de l’Aube gérés par l’Andra, évoque un geste « cohérent » de la part des producteurs de déchets : « D’une part, les producteurs sont déjà présents sur le territoire, via les deux centres industriels de l’Aube. Il est donc cohérent qu’ils soutiennent les collectivités locales. D’autre part, c’est un geste qui répond à l’investissement des élus qui étudient et travaillent sur ce sujet depuis plusieurs mois. Il n’y a pas de raison que les producteurs disent : “Les élus s’investissent et nous, tant que rien n’est sûr à 100 %, on attend et on ne fait rien.”Il n’y a pas d’achat des consciences. C’est simplement un geste de bonne volonté qui montre que les producteurs de déchets s’investissent également dans ce dossier. »
Contactées, Areva et EDF ont fourni les mêmes éléments de communication énoncés ci-dessus pour expli- quer le versement d’un million d’euros en soutien aux projets locaux.

Le Soulainois, un îlot fiscal au sein du département

▶Les habitants bénéficient d’avantages fiscaux. Par exempl la communauté de communes s’acquitte, à la place des habitants, de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères. La commune de Soulaines-Dhuys a, elle, choisi de ne taxer que le foncier bâti. Elle a laissé de côté ses deux autres taxe habitation et foncier non bâti.

LE CHIFFRE

80 035 € : En 2013, l’Andra a parrainé des événements et associations pour un montant de 80 035 € dans l’Aube.

LES PARRAINAGES DE L’ANDRA

L’Andra parraine des associations très diverses. Clubs sportifs, voyages scolaires, fédération de chasse, chorales, festivals de musique ou même des travaux de rénovation du patrimoine local.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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