Dans le ventre nucléaire de Bure

La Croix de la Haute-Marne
Bertrand Puysségur       
9.03.07


Descendre à 490 m sous terre est une expérience peu commune. Techniciens de l'Andra et opposants se sont livrés à un échange contradictoire au coeur de l'installation de Bure.

"Je ne suis pas rassuré", lâche Martin Leers en sortant du puits auxiliaire de Bure qu'il vient de visiter. Chargé de campagne du réseau "Sortir du nucléaire", c'est la première fois qu'un membre de cette association descend à 490 m sous terre pour inspecter les installations destinées à recevoir les déchets nucléaires les plus nocifs au monde. Le militant est accompagné d'un autre opposant, Claude Kaiser, membre également du "Réseau", et maire de la commune meusienne de Ménil-la-Horgne.
 
De son côté, l'Andra pour répondre aux vives interrogations des opposants avait mobilisé le directeur du site, Pierre Forbes et son chef de service scientifique, Jacques Delay. On ne descend pas sous terre sans prendre quelques précautions. Aussi, tout le monde s'équipe d'une ceinture de quelques kilos qui contient une sorte de masque chimique, d'un casque et d'une combinaison. L'environnement est hostile, "ce n'est pas une promenade de santé", confirme Pierre Forbes. Les quatre hommes sont prêts à emprunter l'ascenseur qui va les amener dans le ventre du "labo" de Bure.
 
Les galeries bougent

A 490 m, on se retrouve au coeur de la couche argileuse la plus imperméable.
"Il y aura plus de radioactivité ici qu'à Tchernobyl", avance de son côté Martin Leers. L'échange entre opposants et l'Andra reste courtois mais ferme. L'eau devient le sujet de la discussion. "Cest un vrai casse-tête", concède le directeur. Les premières galeries se dévoilent, les tunnels se succèdent dans une lumière artificielle. "Les galeries bougent , elles se referment de 4 à 20 cm", explique Jacques Delay. Les opposants en profitent pour stigmatiser "l'effritement de la roche et la couche d'argile poreuse."

Le débat revient sur l'eau. "Il y a de l'eau dans cette roche, mais elle ne coule pas, elle ne peut pas sortir", affirme l'Andra. Les opposants répètent que la radioactivité dégage de la chaleur qui peut déformer la roche. Le dialogue est fortement tranché par des positions argumentées et bien rodées. Pourtant, la conviction, cet artifice de la raison, semble ce sur quoi repose tout le débat. "Il faut répartir les colis pour que la chaleur s'évacue", précise le directeur du labo. "On n'a jamais amené de déchets comme ça. On ne sait pas ce que cela peut donner", rétorque Martin Leers du tac au tac. L'échange se poursuit sur la réalité des études menées par l'Andra.
 
Une sirène retentit

Claude Kaiser rappelle que cela ne fait que 5 ou 6 ans que l'on étudie sur site le comportement de la roche. L'Andra estime que les études ont commencé en 1994. "Je ne dis pas qu'il y a quarante ans d'études mais plus de six", indique Pierre Forbes. Le ton monte parfois entre Martin Leers et Jacques Delay. D'un coup, l'opposant met la main à sa ceinture et fait sonner l'appareil qui doit donner l'alerte en cas d'incident. Le technicien de l'Andra lui jette un oeil noir et stoppe l'appareil. "C'était pour voir si cela fonctionnait...", répond Martin Leers. On s'approche de la zone où les expériences radioactives se déroulent. Des sondes chauffantes radioactives testent la résistance de la roche. Une liste de radionucléides -incomplète selon les opposants- est affichée. "La roche argileuse confine la chaleur et la radioactivité", assure Jacques Delay. "Cela peut attaquer les alliages les plus résistants, répond aussitôt Martin Leers, c'est l'aventure totale !" Claude Kaiser estime que le calendrier est "précipité", ce à quoi l'Andra répond qu'il y a encore dix ans de recherches avant le choix définitif de Bure.
 
L'andra plus transparente

Les deux heures de visites n'auront guère convaincu les opposants. Dans l'ascenseur qui rejoint la lumière du jour, la discussion se poursuit un peu plus détendue. "C'est normal de poser des questions, c'est normal de donner des réponses", déclare Pierre Forbes. "Sortir du nucléaire" prône la solution d'un stockage des déchets en surface à sec.
 
Puis, on apprend que la zone de proximité de 250 km”, susceptible d'accueillir les déchets, autour de Bure sera réduite à 30 km” en 2009. En 2012, il n'y aura plus qu'une ou deux localisations précises. Un dernier débat sur le transport des déchets se déroule. L'Andra affirmant que les "colis" représenteront l'équivalent de "3 camions par jour."

Cette descente sous terre aura permis à l'Andra de se montrer "transparente". Cependant, elle n'a pu se faire que parce que les opposants étaient accompagnés d'un journaliste.

 

 

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